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Michel Fau

Poétiser la vie

 

 

Le comédien et metteur en scène agenais Michel Fau n'est pas un artiste de la demi-mesure. Flamboyant, excessif, il est un peu ce trublion qui manquait au monde théâtral, trop longtemps pétri d'une esthétique du non-jeu, du fade et de l'incolore. Avec Michel Fau, la banalité est d'emblée transfigurée. Aimant à effacer les frontières entre le monde de la réalité et celui de la représentation, ce génie fantasque aussi à l'aise dans la comédie que dans le tragique se montre, lorsqu'il se fait metteur en scène, plus méticuleux qu'il n'y paraît. Aurait-il hérité de son père, horloger, ce sens presque maniaque du détail que soulignent tous ceux qui ont travaillé avec lui ? C'est en tout cas cette exigence, cette précision dans le moindre détail, qui lui permettent de toujours savoir jusqu'où il peut aller trop loin, poussant l'excès dans ses derniers retranchements sans jamais le faire passer du mauvais côté de la barrière.
 

Homme de théâtre, il le fut avant même de partir à Paris pour y suivre les cours du Conservatoire. Peu à l'aise avec ses camarades, il poétisait déjà le réel au temps du collège et du lycée, créant ses propres mondes, fût-ce avec de simples marionnettes – comme celles que sa mère lui avait offertes pour ses cinq ans, et qui devaient aussitôt créer chez lui le goût du spectacle et de la mise en scène.
 

En quelque trente ans de carrière, Michel Fau a toujours su s'ouvrir de nouveaux horizons : théâtre, cinéma, télévision, s'intéressant autant aux classiques (Shakespeare, Racine, Molière...) qu'aux écrivains de son temps (Jean-Pierre Gredine, Pierre Barillet...), il s'est plus récemment lancé dans un monde qui, de fait, correspond pleinement à ses goûts : l'opéra. Dès 2003 en effet, il met en scène deux ouvrage on ne peut plus différents : Le Condamné à mort de Philippe Capdenat (d'après la pièce de Jean Genet) et Tosca de Puccini. Ici encore, comme au théâtre, c'est l'éclectisme qui semble la marque de fabrique de l'artiste, qui passe avec un pareil bonheur des jeux aigre-doux du Così fan tutte de Mozart à la fantaisie foutraque de L'Amour des trois oranges de Prokofiev, du romantisme poignant d'Eugène Onéguine de Tchaïkovski à l'amertume désabusée du Rigoletto de Verdi – ou bien encore son Dardanus de Rameau, pour lequel il reçoit le prix de la mise en scène lyrique (2015).
 

Avec Ariane à Naxos de Richard Strauss, Michel Fau retrouve tous les ingrédients qu'il aime : ce théâtre dans le théâtre où l'on se rend compte assez vite que le réel est finalement plutôt du côté du rêve, du monde de la représentation, tandis que le quotidien a quelque chose de presque irréel... Un renversement des grilles de lectures habituelles, doublé en l'occurrence d'une remarquable mise en œuvre de caractères plus outranciers les uns que les autres, depuis le Compositeur, tout à son monde de création et d'amour, jusqu'à Zerbinetta, avec cet air immense et démesuré que lui confie Strauss, pour ne rien dire d'Ariane et de Bacchus, aussi excessifs dans leurs comportements à la ville qu'en tant que personnages sur scène...