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Le Ballet du Capitole rend hommage à Rudolf Noureev

 

 

Le 6 janvier 1993, le danseur d'exception qu'était Rudolf Noureev s'éteignait à Paris.

Vingt-cinq ans ont passé, et c'est l'occasion de rendre hommage à l'insoumis qu'il fut, au danseur et au chorégraphe. Kader Belarbi, alors danseur à l'Opéra de Paris, l'a côtoyé de près et souhaite évoquer cette grande figure de la danse.

Danseur de la génération Noureev, Kader Belarbi se souvient avec gratitude du Directeur de la danse atypique que fut l'Étoile tatar, qui connut la consécration à l'Opéra de Paris de 1983 à 1989.

Dès son arrivée, Rudolf Noureev impose la nomination de maîtres de ballet étrangers pour ouvrir le Ballet de l'Opéra à d'autres styles, inscrit au répertoire Dominique Bagouet, Merce Cunningham, Maguy Marin, John Neumeier, Jerome Robbins, Antony Tudor, Bob Wilson… Il ouvre les portes à la danse baroque avec Francine Lancelot, demande à Forsythe, alors ignoré, un ballet méconnu qui devient un chef-d'oeuvre, In The Middle Somewhat Elevated…

En tant que chorégraphe, il redore le blason des plus grands ballets classiques en exigeant une haute rigueur académique dans une élégance de style. L'image du Ballet de l'Opéra de Paris change et il relance les tournées à l'étranger. Sur le plan de la danse, il rééquilibre le couple danseur-ballerine en développant et complexifiant les parties dansées dévolues aux interprètes masculins, à une époque où ces derniers étaient trop souvent réduits aux rôles de porteur et de faire-valoir. Il valorise le corps de ballet afin de conserver le niveau d'excellence de ses danseurs et surtout, il révolutionne cette grande maison conservatrice en distribuant, dans des premiers rôles, des danseurs non solistes, faisant ainsi fi de la hiérarchie interne. Noureev veut avant tout révéler des talents, donner leur chance à des personnalités. C'est ainsi qu'en 1985, Kader Belarbi est distribué dans le rôle de l'Élu du Sacre du printemps de Béjart puis, en 1989, à l'issue d'une représentation de La Belle au bois dormant où le jeune danseur a été un aérien Oiseau bleu, il est nommé Étoile, sur scène, devant son public.

Pour Kader Belarbi, la nomination de Rudolf Noureev à la direction du Ballet de l'Opéra fut une révélation : « J'ai vu un mythe débarquer. Il avait un appétit de danse comme une nécessité absolue. Il prenait le cours quotidien avec humilité et dévotion, sans jamais aucune concession à la vérité de l'école, ce qui lui donnait un corps maîtrisé et asservi. Il avait une présence charismatique et aussi du fauve en lui. À ses côtés, il fallait vraiment se surpasser. Je me suis alors posé des questions parce qu'il allait bien au-delà d'un simple métier. À partir de ce moment-là, j'ai commencé à mettre les bouchées doubles ».

Façonné, en partie, par ce grand nom de la danse, le directeur de la danse qu'est désormais Kader Belarbi ne pouvait pas ne pas rendre hommage à Rudolf Noureev, en 2018, pour le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition. Lui aussi, comme son mentor, veut « donner à manger » à ses danseurs, les « nourrir », les ouvrir à tous les styles et donner la chance à chacun de se révéler.

« Personnellement, je pense que cet hommage à Rudolf Noureev permettra aux danseurs du Ballet du Capitole de s'emparer de ses ballets comme un exercice de style et leur ouvrira les yeux sur une autre sophistication de la danse académique. »