Biographies

Joyaux français

 

Serge Lifar
Chorégraphie et livret


L'éminente critique de danse Gilberte Cournand disait de la vie de Serge Lifar qu'elle était une épopée. En effet. Ecoutez plutôt !

La période ukrainienne (1905-1923)
Serge Lifar rêvait d'être soldat et de marcher au pas, il sera danseur aux pas aériens et peu martiaux. C'est ce qu'il confie dans sa biographie. Nous sommes en août 1913 ; il a 8 ans :
« J'ai endossé un petit uniforme et je suis coiffé d'une belle casquette, marquée au chiffre du collège impérial Alexandre, de Kiev. Mais l'uniforme de mes rêves est tout autre. Il a des épaulettes rouges, ornées des initiales I.K. et un col à bordure dorée : la tenue du premier Corps de Cadets. Je rêvais d'être soldat, et surtout cavalier : élancé, grand et beau, en selle sur un cheval blanc comme la neige, je galopais crânement à la tête d'un escadron que je menais à la charge ».
 
Né à Kiev, le 2 avril 1905, Serge Lifar y passe une enfance heureuse et gâtée au sein d'une famille aisée. Son père, Michel Lifar, est fonctionnaire des Eaux et Forêts et le futur danseur garde de lui une image bienveillante : « Il était bon et doux. Ce qu'il aimait le plus, c'était l'élégance, l'ordre. Il s'entourait de beaux meubles, de bibelots précieux ; il avait besoin d'une atmosphère harmonieuse. Il n'élevait jamais la voix ; il nous parlait comme à des amis ; il savait respecter l'enfance. J'étais son préféré ».

A l'égard de sa mère, Sophie Lifar, il éprouve une tendresse éperdue :
« J'avais pour elle une véritable adoration qui se manifestait par des cris d'enthousiasme ou des désespoirs sans borne. Je me rappelle qu'elle alla passer un mois et demi en Crimée, avec toute la maisonnée, me laissant seul à Kiev avec ma gouvernante pour je ne sais plus quelle raison. Je devais avoir 4 ans. Le départ des autres m'importait assez peu ; mais je ne pouvais croire que ma mère allait m'abandonner et, ce qui m'arrivait rarement, je pleurais à chaudes larmes ».

Serge Lifar fait de brillantes études au collège impérial de Kiev ; il se destine à la carrière de pianiste. Mais, blessé à la main pendant la Révolution, il doit y renoncer.
Après avoir servi dans l'Armée Blanche, à tout juste 16 ans, il est incorporé au 34° régiment sibérien de l'Armée Rouge où il devient officier. Il y connaît l'enfer des combats, le froid, la faim, les exactions, la vie de vagabond dans les bois.
De retour à Kiev en 1920, il découvre la danse par hasard, en accompagnant un ami au studio de Bronislava Nijinska,. C'est la révélation : « Ce me fut un éblouissement. Les élèves de madame Nijinska dansaient sur des musiques de Chopin et de Schumann… Au sortir d'un monde brisé où tout n'était que bruit et fureur, je découvrais là l'ordre et l'harmonie, la vraie discipline dont mon âme et mon esprit avaient besoin… Je découvrais une harmonie merveilleuse entre la musique et les corps divinisés par le rythme ; la musique inspirait la danse et trouvait en elle son couronnement. La danse-amour s'emparait de ma vie.»

Le lendemain, il retourne au studio, muni de chaussons de danse, mais madame Nijinska refuse tout net de l'accepter. Il passe outre et s'inscrit d'autorité comme élève : « Je travaillais avec une application sans égale mais elle semblait ne pas le remarquer. Ces études durèrent quelques mois. Elles m'apportaient un bonheur sans borne et la joie nouvelle d'atteindre enfin cette technique, faute de laquelle toute personnalité est impuissante à s'exprimer ».
Quand Nijinska quitte la Russie soviétique pour Paris, Lifar décide d'étudier seul la danse. En ermite, il commence un apprentissage de 15 mois, à raison de cinq à six heures quotidiennes où il apprend « les joies et les tortures de la création, les joies et les tortures du labeur, de la plus haute extase aux tentations les plus basses.» C'est à cette époque qu'il forme son goût musical, comprenant que « le rythme est l'âme de la musique ».

La tentation de l'exil commence par un simple télégramme émis de Paris au studio Nijinska : « S. P. Diaghilev demande, pour compléter sa troupe, les cinq meilleurs élèves de madame Nijinska. » Lifar ne figure pas sur la liste car son professeur estime qu'il n'est pas encore prêt mais, l'un de ses camarades étant resté introuvable, il prend sa place et rejoint la prestigieuse troupe à Paris.
Ses parents réussissent tant bien que mal à réunir devises étrangères et argent liquide pour payer le voyage jusqu'à Varsovie. Un contrebandier doit l'aider à franchir la frontière soviétique, mais l'évasion échoue misérablement. Jeté dans un cachot, Lifar s'en échappe et saute dans un wagon de marchandises. La deuxième tentative est la bonne. Il achète un billet de 3° classe pour une petite ville-frontière au tarif impressionnant de 50 millions de roubles. L'inflation et la planche à billets sont  passées par-là. C'est sur un traîneau traversant plaines et bois qu'il franchit la frontière polonaise. Après quelques semaines d'errance à Varsovie avec deux compagnons de voyage, il finit par recevoir l'argent envoyé par Diaghilev pour financer leur périple jusqu'à Paris : « Nous nous précipitâmes dans les magasins, émigrâmes au Bristol, et pûmes enfin manger. En quelques heures, nous eûmes l'air de provinciaux épanouis et endimanchés ! »
L'aventure française commence…

La période française (1923-1981)
Le 13 janvier 1923 marque l'arrivée à Paris, capitale du monde : « Je me rappelle une de ces matinées d'hiver où un soleil léger brille à travers la brume ; je descendais les Champs Elysées, en jouissant pour la première fois de la certitude d'être hors de danger ; j'étais un libre citoyen de l'univers dans la plus libre des capitales. »

Lifar a dix-huit ans. Il est beau comme un dieu, combatif, débordant d'idées, d'un ego démesuré. Il plaît de suite à Diaghilev, fondateur et Pygmalion des Ballets Russes, qui l'engage. Travailleur acharné, il met les bouchées doubles pour rattraper ses lacunes techniques – il a commencé la danse à un âge où les garçons finissent leur cursus et s'apprêtent à auditionner dans des compagnies. Son charisme et ce que d'aucuns appellent « le génie de la danse » l'y aident. C'est une qualité très rare, capable de transfigurer, de transcender le geste le plus banal.
Bientôt Jean Cocteau, Misia Sert, Francis Poulenc, Coco Chanel pressentent que Lifar est l'avenir du ballet. Diaghilev l'envoie se perfectionner, à Turin, chez le grand maître Enrico Cecchetti, le « faiseur d'Etoiles ».

A son retour, ses rapides progrès lui valent le titre de soliste et, en 1925, après la création du rôle de Borée dans Zéphyr et Flore, celui de Premier Danseur.
Après le départ d'Anton Dolin, Serge Lifar devient le principal danseur de la compagnie et interprète une quarantaine de ballets. Il crée La Chatte, Ode, Le Pas d'acier… et inspire deux chefs d'œuvre à George Balanchine : Apollon musagète et Le Fils prodigue.
Puis Lifar, danseur étoile, devient chorégraphe avec Renard, sur une partition de Stravinski.

Tout a une fin et cette exceptionnelle aventure s'arrête avec la mort de Diaghilev, à Venise, le 19 août 1929. Mais, Serge Lifar est décidément favorisé par les dieux. Jacques Rouché, alors administrateur de l'Opéra de Paris, propose à George Balanchine de créer une nouvelle œuvre pour le Ballet de l'Opéra, Les Créatures de Prométhée. La compagnie parisienne est à son plus bas niveau et Rouché pense que confier une création à l'ancien chorégraphe des Ballets Russes ne pourra que redorer son blason. Mais, George Balanchine tombe gravement malade et c'est Serge Lifar qui le remplace. Le ballet créé le 30 décembre 1929 a un tel succès que Jacques Rouché propose à Serge Lifar le poste de directeur de la danse de l'Opéra de Paris, persuadé que ce jeune homme talentueux (il n'a que vingt-quatre ans) redonnera à la vieille institution française l'éclat et le prestige qu'elle a perdus.

Serge Lifar impose son style, mais conserve le répertoire sur lequel veillent Carlotta Zambelli et Albert Aveline. Il forme les premières danseuses Etoiles françaises : Lycette Darsonval, Solange Schwarz, Yvette Chauviré…
Entre autres, il redonne une discipline à la troupe nationale, relève le niveau technique, rénove et élargit le répertoire, réhabilite la danse masculine…

Avec la première de Giselle, en février 1932, drame shakespearien où Olga Spessivtseva donne la perfection de l'art chorégraphique, Lifar avoue qu'il vient de remporter une de ses plus belles victoires. Le succès est historique. Il en a bien besoin car Bacchus et Ariane, créé en 1931, avait déchaîné une véritable tempête parmi le public de l'Opéra. Une atmosphère de scandale qui n'était pas sans rappeler les esclandres provoqués par les toutes premières représentations des Ballets russes.

Mais c'est le ballet Icare qui assure l'envol du chorégraphe. Créé le 9 juillet 1935, Icare est l'application pratique du Manifeste du chorégraphe dans lequel Lifar affirme que le ballet doit naître de ses propres origines et non de la musique. Le ballet est monté sur des rythmes créés par Arthur Honegger pour un ensemble d'instruments à percussion.

1939 arrive et la guerre éclate, provocant la fermeture de l'Opéra de Paris. Une partie de la troupe est envoyée en mission militaire et artistique… jusqu'en Australie ! Une véritable expédition pour l'époque. Sur le chemin du retour, Lifar découvre Bali et ses danses indonésiennes, une source d'inspiration pour l'avenir.

Paris est occupée par les troupes allemandes en juin 1940 et la croix gammée flotte sur l'Arc de Triomphe. La Ville de Paris demande à Serge Lifar d'accepter la direction de l'Opéra. Selon les Conventions internationales de La Haye, l'occupant a le droit d'occuper tout bâtiment de l'Etat abandonné : « A vous de jouer pour que le drapeau nazi ne flotte pas à son sommet durant toute la guerre. Vous avez carte blanche pour toutes vos actions et il vous appartient d'estimer comment vous devez agir avec l'occupant et le personnel de l'Opéra, pour défendre et protéger ce patrimoine artistique.»
Attaché à son passeport Nansen d'apatride, Serge Lifar use de son prestige pour préserver l'autonomie artistique et l'activité du Ballet de l'Opéra, ainsi que les Archives internationales de la danse de Rolf de Maré.

En 1941, il inaugure un Mois de la danse, programme des reprises comme Sylvia de Léo Delibes et crée une douzaine de ballets dont Le Chevalier et la damoiselle, Joan de Zarissa, Les Animaux modèles, L'Amour sorcier,  Suite en blanc
Quant aux Mirages, la Libération de Paris reporte sa création à 1947.

Après la guerre, il fonde et dirige les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo où il est rejoint, entre autres, par Yvette Chauviré, Janine Charrat, Renée Jeanmaire, Ludmilla Tcherina, Alexandre Kalioujni, Vladimir Skouratoff… Pour eux, il crée Aubade, Chota Roustaveli, Dramma per musica

En 1947, il retrouve son poste de maître de ballet à l'Opéra et les créations se succèdent : Lucifer (1948), Le Chevalier errant (1950), Septuor (1950), Phèdre (1950), Blanche-Neige (1951), Fourberies (1952), Noces fantastiques (1955), Roméo et Juliette (1955), Chemin de lumière (1957)…  
Il donne aussi un cours de chorégraphie à la Sorbonne et est nommé professeur à l'Ecole normale de Musique.

Le 5 décembre 1956, il effectue ses adieux sur la scène nationale en dansant Giselle au côté d'Yvette Chauviré. Les douze rappels lui vont droit au cœur.
En 1958, l'heure sonne de quitter définitivement cet Opéra de Paris qu'il a tant aimé.
Chorégraphe particulièrement florissant, le rideau tombe sur une centaine de ballets
et de pas de deux qu'il y a créés. Son style néo-classique est une fusion des techniques classique et moderne. Il fera si bien école que Roland Petit, Maurice Béjart, Jean Babilée en seront imprégnés.

Il inaugure une nouvelle activité de professeur-conférencier, organise des expositions, réclame une Cinémathèque de la danse, fonde l'Institut chorégraphique, puis l'Université de la danse, pour aider au développement de la formation des danseurs et du public.

En 1961, il a la joie de retrouver sa mère-patrie derrière le Rideau de fer, Moscou et son Bolchoï, Léningrad et son Kirov. Il revoit Kiev, sa ville natale, quittée 40 ans auparavant. Le temps lui semble aboli : « Ainsi le voyage se bouclait parfaitement. La jeunesse se mariait à la sagesse qui venait. Kiev rejoignait Kiev. J'y retrouvai tout, ma maison et mon collège, mes rues, jusqu'aux souvenirs de mes parents, tout sauf un certain parfum de la vie, enfui à jamais. »
 
La période suisse
En 1981, il décide de se fixer en Suisse, à Lausanne, où atteint d'un cancer, il décède le 15 décembre 1986. Dans ses dernières volontés, Serge Lifar émettra le vœu d'être enterré au cimetière orthodoxe de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). Ce sera chose faite le 19 décembre 1986 après une émouvante cérémonie à la cathédrale Saint-Alexandre Nevski, à Paris. Lys blanc à la main, les élèves-danseuses composent une haie d'honneur, tandis que le cortège funèbre s'arrête un instant sur le parvis de l'Opéra, sa « chère maison ».
 
©Fondation Serge Lifar

 

 

Charles Jude
Maître de ballet invité

Danseur étoile de l'Opéra de Paris, Charles Jude est directeur du Ballet de l'Opéra de Bordeaux de 1996 à juin 2017. Après des études au Conservatoire de Nice avec Alexandre Kalioujny, Charles Jude est engagé sur concours dans le Corps de ballet de l'Opéra de Paris (1971).

Premier danseur en 1975, il remporte la Médaille de Bronze au Concours International de Tokyo avec Florence Clerc. Le 8 juillet 1977, il est nommé Étoile après sa prise de rôle magistrale dans Ivan le Terrible (Youri Grigorovitch). Sa danse allie une fluidité féline (L'Après-midi d'un faune, V. Nijinski) au raffinement du style classique (Études, H. Lander) qui le prédisposent aux rôles de prince. De 1978 à 1996, il danse les plus grands rôles des ballets classiques (Giselle, et dans les versions de Rudolf Noureev : Casse-Noisette, Le Lac des cygnes, Raymonda, Roméo et Juliette, La Belle au bois dormant, Cendrillon, La Bayadère, Don Quichotte…), et les œuvres des Ballets Russes (Le Spectre de la rose, l'Après-midi d'un faune, Petrouchka…).

Ses principales partenaires sont Marcia Haydée, Claire Motte, Ghislaine Thesmar, Noëlla Pontois, Florence Clerc, Elisabeth Platel, Monique Loudières, Sylvie Guillem, Carolyn Carlson, Cynthia Gregory, Natalia Makarova, Isabelle Guérin, Carla Fracci, Alessandra Ferri, Elisabetta Terabust, Maïa Plissetskaïa... Il aborde aussi le répertoire des plus grands chorégraphes néoclassiques et contemporains : George Balanchine, Jerome Robbins, Anthony Tudor, John Cranko, Maurice Béjart, Paul Taylor, Merce Cunningham, John Neumeier, Jiří Kylián, Glen Tetley, Michaël Clark, Carolyn Carlson, Louis Falco, José Limón…

Fervent disciple de Rudolf Noureev, c'est à ses côtés qu'il apprend son métier, celui de danseur mais aussi celui de chorégraphe…

Entre 1980 et 1992, il participe régulièrement aux tournées du groupe « Noureev and Friends ». Il se produit également en tant que danseur étoile invité avec le Royal Ballet de Londres, le Ballet de l'Opéra de Vienne, le Ballet du Théâtre de la Scala, le Ballet Royal Danois, ainsi que sur les scènes des opéras de Rome, Naples, Berlin, Stockholm, New York… Professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, il enseigne aussi chez Marika Besobrasova à l'Académie de Danse de Monaco.

Depuis sa nomination à la direction du Ballet de l'Opéra de Bordeaux en 1996, Charles Jude se distingue dans la création chorégraphique à travers les relectures des célèbres ballets tels que Casse-Noisette, Giselle, Coppélia, La Belle au bois dormant, Le Lac des cygnes, Le Prince de Bois, Don Quichotte et Roméo et Juliette.

Charles Jude a reçu le Prix Nijinski en 1976 ainsi que le Prix Lifar en 1988. Il est Chevalier des Arts et des Lettres (1990), Chevalier de la Légion d'honneur (1996) et Officier des Arts et des Lettres (2001).

 

 

Stéphanie Roublot
Première Danseuse de l'Opéra national de Bordeaux
Maître de ballet invité

Formation :
Conservatoire de Région de Nancy (1988-1991)
Conservatoire de Région de Boulogne-Billancourt (1991-92)
Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (1992-96)
stage de perfectionnement au Ballet National de Nancy (1996-97)

Engagements :
Ballet National de Nancy, sous la direction de Pierre Lacotte
Ballet de l'Opéra National de Bordeaux sous la direction de Charles Jude (1999)
Première danseuse du Ballet de l'Opéra National de Bordeaux (2002)

Elle est invitée à danser à l'Opéra de Rome, au Mariinski, au Bolchoï...
Elle participe aux Galas de Farouk Ruzimatov à Moscou et à Tokyo.
Après avoir terminé sa carrière en juillet 2018 à l'Opéra national de Bordeaux, elle devient l'assistante de Charles Jude.
Elle remonte Suite en blanc de Serge Lifar pour le Ballet national de Finlande à l'Opéra d'Helsinki, pour le Ballet royal de Suède à l'Opéra de Stockholm et pour le Ballet national de Sodre à l'Opéra de Montevideo.

 

 

Monique Loudières
Maître de ballet invité

Membre du Corps de Ballet de l'Opéra de Paris depuis l'âge de seize ans, Monique Loudières est choisie par Rudolf Noureev en 1981, pour interpréter Kitri dans son Don Quichotte. Rosella Hightower, alors directrice de la Danse, la nommera Danseuse étoile en 1982.

Dès lors, elle danse tout le répertoire classique et néo-classique, avec une prédilection pour les grandes héroines dramatiques : Giselle (version classique et version de Mats Ek), Juliette (Roméo et Juliette de Rudolf Noureev), Manon (L'Histoire de Manon de Kenneth MacMillan), Esmeralda (Notre-Dame de Paris de Roland Petit), Tatiana (Eugène Oneguine de John Cranko)… Elle interprète aussi les oeuvres des plus grands chorégraphes actuels : Jerome Robbins, Alvin Ailey, George Balanchine, Maurice Béjart, John Neumeier, Serge Lifar, Jiři Kylian, Paul Taylor, Roland Petit, Martha Graham, Twyla Tharp, William Forsythe… Elle aborde également le répertoire contemporain avec Daniel Larrieu, Christine Bastin, Joelle Bouvier, Régis Obadia, Nils Christe, Blanca Li. Elle est l'Étoile invitée de nombreuses compagnies : Boston Ballet, Scala de Milan, Ballet de Stuttgart, Staatsoper de Berlin, Royal Ballet de Londres, Tokyo Ballet, Teatro Colón de Buenos Aires, Festival de La Havane...

Après avoir bénéficié de l'enseignement de grands maîtres tels que Yves Brieux, Yvette Chauviré, Pierre Lacotte, Violette Verdy et Rudolf Noureev, Monique Loudières a manifesté le désir de transmettre son expérience aux nouvelles générations de danseurs.
Elle devient professeur et répétitrice pour le Prix de Lausanne, Europa Danse, l'Opéra de Paris et les Conservatoires Nationaux Supérieurs de Musique et de Danse de Paris et de Lyon. De 2001 à 2008, elle est Directrice Artistique et Pédagogique de l'École Supérieure de Danse de Cannes Rosella Hightower. Depuis 2008, elle est invitée comme professeur dans les écoles et compagnies suivantes : Rudra Béjart (Lausanne), Béjart Ballet Lausanne, École du Ballet d'Anvers, Ballet de Bâle, Ballet d'Europe dirigé par Jean-Charles Gil, École John Cranko de Stuttgart, Ballet de Leipzig, Ballet de Munich, Monaco Dance Forum, Centre National de la Danse de Pantin… En juillet 2009, elle reçoit un prix pour l'ensemble de sa carrière, lors du Festival de danse de Barletta (Italie). En 2010, elle fait ses débuts d'actrice dans Les Funambules de Thierry Vincent, à Grasse et à Nice. Depuis juillet 2013, elle est directrice artistique du stage international relié au festival Les Étés de la Danse à Paris.
Elle est Officier dans l'Ordre National du Mérite et Commandeur des Arts et Lettres.
 

 

Édouard Lalo (1823 - 1892)
Musique

Il commence ses études au Conservatoire de Lille, sous la direction de l'Allemand Baumann, qui avait connu personnellement Beethoven à Vienne. Malgré l'opposition de sa famille, il décide de se consacrer uniquement à la musique, et vient se fixer à Paris à l'âge de seize ans, seul et sans ressources. Il ne parvient pas à entrer au Conservatoire, et travaille la composition avec Schulhoff, pianiste slave, ancien ami de Chopin. Mais il se forme surtout seul, par l'étude sérieuse des grands chefs-d'œuvre du passé. De 1855 à 1864, il est altiste dans le quatuor Armingaud-Jacquard-Mas, quatuor réputé, spécialisé dans l'interprétation des quatuors de Beethoven. Ses premières compositions, mélodies pour chant et piano, pages pour violon, quatuor à cordes, passent complètement inaperçues. En 1865, il épouse une de ses élèves, Mlle Bernier de Maligny qui, douée d'une fort belle voix de contralto, chantera fréquemment les œuvres de son mari. En 1866, il écrit son premier ouvrage dramatique, Fiesque, opéra en 3 actes, mais ne peut le faire représenter. Après une vingtaine d'années d'obscurité, pendant lesquelles il vit de son talent d'altiste, le sort lui devient plus favorable. Ses œuvres symphoniques connaissent un réel succès, en particulier la Symphonie espagnole, en 1873, et la Rhapsodie norvégienne, en 1881.

Sa partition du Roi d'Ys, légende bretonne en 3 actes, se voit refusée à l'Opéra en 1879. Il doit attendre jusqu'en 1888 pour assister enfin à la création de son œuvre à l'Opéra-Comique, où elle obtient d'emblée un éclatant succès. Entre-temps, son ballet Namouna connaît un injuste échec à l'Opéra, en 1882. Peu avant sa mort, il avait écrit un concerto pour piano et orchestre, et esquissé quelques scènes d'un nouveau drame lyrique, La Jacquerie. On lui doit également une trentaine de mélodies pour chant et piano.

L'œuvre de Lalo se distingue par une originalité hors pair, une distinction racée. Symphoniste de nature, il a le goût de la musique bien construite et correctement écrite. Il possède aussi l'instinct de la couleur et de la description, un sens harmonique et orchestral très personnel. Eloigné de la routine officielle et de tout académisme, il fait songer à ses amis les peintres Manet et Degas, indépendants farouches, dont l'esthétique se rapproche beaucoup de la sienne.

Édouard Lalo a été nommé Chevalier (13 juillet 1880), puis Officier (31 décembre 1888) de la Légion d'honneur.

 

Yves Bernard
Lumières

Après avoir été directeur technique pour Patrice Chéreau pendant 18 ans, Yves Bernard a réalisé des décors de théâtre pour Bruno Boëglin (Sallinger de B.-M. Koltès, Pan Theodor Mundstock de Ladislav Fuks), Philippe Adrien (Des aveugles d'Hervé Guibert), Gérard Desarthe (Démons de Lars Norén), Gao Xingjian (Quatre Quatuors pour un week-end), Élise Vigier et Frédérique Loliée (Louise, elle est folle et Déplace le ciel de Leslie Kaplan), ainsi que le décor et les lumières du Conte d'hiver (W. Shakespeare), de Dramuscules (T. Bernhard), de Retour au désert (B.-M. Koltès), de La Dispute (Marivaux), de Mystère bouffe et fabulages (Dario Fo), d'Andromaque et de Bérénice (Racine) mis en scène par Muriel Mayette-Holtz, de Trois hommes dans un salon d'après l'interview de Brel, Brassens, Ferré par François-René Cristiani, mise en scène par Anne Kessler. Avec Christian Gangneron, il a réalisé les décors des Noces de Figaro de Mozart et de Werther de Massenet. Il a également créé les décors et lumières de La Paranoïa et de L'Entêtement de Rafael Spregelburd et de La Mère de Florian Zeller, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo, ainsi que ceux de L'Anniversaire d'H. Pinter, mis en scène par Claude Mouriéras.

Il a été le décorateur de Jean-Paul Goude pour ses films publicitaires et pour le bicentenaire de la Révolution française, en 1989, sur les Champs-Élysées, et a conçu les lumières du Prix de la révolte au marché noir, de Lulu de Lucio Silla, mis en scène par Patrice Chéreau, du Regard du sourd de Robert Wilson, de La Flûte enchantée, d'Elektra et de La Khovanchtchina mis en scène par Andrei Serban, du Roi Lear, de Désir sous les ormes et de L'Inspecteur général mis en scène par Matthias Langhoff, d'Orphée et Eurydice mis en scène par Andreas Homoki, d'Épouses et concubines à Pékin mis en scène par Zhang Yimou, de Médée mis en scène par Raoul Ruiz, de Coppélia et de Giselle dans une chorégraphie de Patrice Bart (Opéra de Paris), de La Vie de Galilée de Brecht, mis en scène par Manfred Karge, des Métamorphoses, la petite dans la forêt profonde, texte de Philippe Minyana d'après Ovide, dans une mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo.

 

 

Henri Sauguet (1901-1989)
Musique

Henri Sauguet, de son vrai nom Henri Poupart, est né à Bordeaux le 18 mai 1901. Dès l'âge de cinq ans, il est initié à la musique par sa mère, Elisabeth Sauguet. C'est au sein de la maîtrise de sa paroisse qu'il découvre le plain-chant et la polyphonie. La musique d'église, et plus spécialement l'orgue, l'ont profondément marqué. Même si ses compositions religieuses ne tiennent que peu de place dans son catalogue : une Petite Messe pastorale pour deux voix et orgue (1934) et une Messe jubilatoire pour ténor, basse et quatuor à cordes (1983), il gardera toute sa vie une certaine affection pour ce genre de musique :
« L'orgue ! Le rêve de ma jeune existence. Dès mon plus jeune âge, ses amples sonorités, venues des voûtes des sanctuaires qu'elles emplissaient, comme issues du ciel même, le mystère de cette musique qui sortait de ces tuyaux si parfaitement ordonnancés, sans que soit visible le musicien qui délivrait ces harmonies enchanteresses, me plongeaient dans une excitation extatique qui faisait frissonner tout mon corps et m'emplissait l'âme. L'orgue et les cloches me jetaient dans une sorte de délire... ».
C'est sans doute pour cela que sa musique de chambre contient plusieurs pièces pour cet instrument : Oraisons pour orgue et 4 saxophones (1976), Sonate d'église pour orgue et quintette à cordes (1985)... C'est également à l'église qu'il découvre Debussy, dont l'oeuvre le fascine : « Au moment de l'élévation, descendit de l'orgue une musique qui me fit frissonner et que je trouvai extraordinaire par ses sonorités toutes nouvelles pour moi, et qui pourtant, me semblaient très exactement répondre à la musique que je pressentais et dont j'attendais la révélation... ». C'était une page de Debussy : La Fille aux cheveux de lin.
La Première Guerre mondiale l'empêche de se présenter au Conservatoire de Bordeaux ; son père étant mobilisé, il doit gagner sa vie au lieu de poursuivre ses études. C'est ainsi qu'il devient, notamment, employé de préfecture à Montauban où il rencontre Joseph Canteloube, qui lui enseigne la composition.

Revenu à Bordeaux, il fonde le Groupe des Trois avec Louis Emié et Jean-Marcel Lizotte. Leur premier concert a lieu le 12 décembre 1920 et on peut alors entendre des pages du Groupe des Six (Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Darius Milhaud, Francis Poulenc), d'Erik Satie et bien entendu du Groupe des Trois lui-même.
Sur les instances de ses amis Darius Milhaud et Francis Poulenc, Henri Sauguet s'installe à Paris dès octobre 1922. Il se perfectionne alors dans l'écriture et les formes auprès de Charles Koechlin. Peu de temps après, une rencontre avec Satie, organisée par Darius Milhaud, fixe définitivement l'avenir musical de Sauguet. C'est ce jour là que l'auteur des Gymnopédies accepte de parrainer le groupe, appelé facétieusement l'École d'Arcueil, formé par Henri Sauguet, Roger Désormière, Maxime Jacob et Henri Cliquet-Pleyel. Bien que reconnaissant Satie comme maître et chef de file, Henri Sauguet ne se laissera guère influencer par ses amis musiciens, n'acceptant comme précepte prôné par ce mouvement que le retour à la clarté française. Le genre particulier et personnel d'Henri Sauguet, qui le distinguera toute sa vie durant, va vite émerger de ses oeuvres originales qui obtiendront un certain succès. Une atmosphère romantique, pour ne pas dire une certaine nostalgie, une couleur mélancolique sont des traits caractéristiques que l'on retrouve souvent dans sa musique et plus particulièrement dans des partitions telles que La Chartreuse de Parme, Les Caprices de Marianne ou La Dame aux camélias... C'est le ballet Les Forains qui le rend célèbre auprès du grand public. Né d'une collaboration avec Boris Kochno, Christian Bérard et Roland Petit, il est dédié à la mémoire d'Erik Satie et obtient un succès populaire immédiat.

Déjà, en 1924, avec l'opéra-bouffe Le Plumet du colonel puis, en 1927 avec le ballet La Chatte, sa musique avait été remarquée, mais c'est surtout après la Seconde Guerre mondiale que son art est reconnu de tous : son Quatuor à cordes (1948), sa symphonie allégorique Les Saisons (1949), puis plus tard l'opéra Les Caprices de Marianne (1954), la ballade pour basse et orchestre Le Cornette (1951) sur des poèmes de Rilke, l'opéra La Dame aux Camélias, la cantate pour baryton et orchestre à cordes L'Oiseau a vu tout cela (sur un poème de Jean Cayrol), le ballet Les Mirages (1943) ou encore cette Mélodie concertante pour violoncelle et orchestre (1963) et ce Reflets sur feuilles pour harpe, piano, percussion et orchestre (1979), indiquent l'étendue du « registre poétique » du compositeur.

Cet homme cultivé, aimable mais parfois mordant, avec beaucoup d'esprit, spirituel à souhait, a su également se faire apprécier comme critique de théâtre et de musique. Amoureux des poètes, il a aussi écrit des recueils de mélodies sur des poèmes de Max Jacob, Visions infernales, où se manifeste son goût pour le plus pur style français. Son oeuvre variée révèle également de la musique de film : citons L'Épervier (Marcel L'Herbier, 1933), L'Honorable Catherine (Marcel L'Herbier, 1942), Premier de cordée (Louis Daquin, 1943), Les Amoureux sont seuls au monde (Henri Decoin, 1947), Clochemerle (Pierre Chenal, 1947), Don Juan (Jules Berry, 1955)....
Henri Sauguet s'est intéressé à toutes formes d'art et « sa nature le porte plus volontiers vers un lyrisme, un romantisme même, empreint de réserve, de grâce, d'une étrange poésie, où le coeur partage avec l'esprit la première place. »

 

AM. Cassandre
Pseudonyme d'Adolphe Jean-Marie Mouron (1901-1968)
Décors et costumes

Figure majeure de la création graphique, AM. Cassandre est né à Kharkov (Ukraine) de parents français, le 24 janvier 1901. Après une alternance de séjours en Russie et en France, en 1915, il se fixe définitivement à Paris, où il achève ses études secondaires. En 1918, après un très bref passage à l'École des Beaux Arts, il s'inscrit dans les ateliers libres de peinture, chez Lucien Simon puis à l'Académie Julian.
Pressé par le besoin d'assurer son indépendance financière, il compose quelques affiches dans un style caricatural qui vient peut-être d'outre Rhin. En 1922, il s'installe dans son premier atelier parisien, rue du Moulin Vert à Montparnasse, et décide de signer ses oeuvres publicitaires du pseudonyme de Cassandre. En 1923, il présente au public la première œuvre où s'affirme son style synthétique, Au Bûcheron. L'affiche, reproduite en très grande dimension sur de nombreux emplacements parisiens, fait sensation et lui apporte la célébrité. Elle lui vaudra le grand prix de l'Exposition internationale des Arts décoratifs, en 1925. Sa manière « géométrique et monumentale » confère à ses compositions un caractère synthétique nouveau. Inspirées de mouvements picturaux tels que le cubisme, le purisme puis le surréalisme, et par les nouvelles techniques cinématographiques avec l'utilisation du gros plan, ses créations valorisent le monde moderne.
En 1931, Cassandre s'associe avec l'affichiste Charles Loupot pour former L'Alliance Graphique, un nouveau studio de création graphique créé par l'agent commercial Maurice Moyrand. L'année suivante, Cassandre prend la direction artistique de l'Alliance Graphique qui éditera, jusqu'en 1935, un grand nombre de ses affiches : Nord Express (1927), Étoile du Nord (1927), L'Atlantique (1931), Le Normandie (1935). Ses clients seront des compagnies ferroviaires, maritimes ou aéronautiques, mais également des fabricants de chaussures (Unic), de cigarettes (Golden Club, Celtiques...), des producteurs ou des distributeurs de boissons (Nicolas, Ricqlès, Dubonnet…), etc.
Proche de Charles Peignot, directeur de la fonderie Deberny et Peignot, Cassandre s'est par ailleurs attaché, tout au long de sa vie, à créer de nouveaux caractères typographiques : le Bifur (1929), l'Acier (1930), le Peignot (1937) et le Cassandre.
Après une exposition rétrospective d'affiches au Musée d'Art Moderne de New York, en janvier 1936, et la signature d'un contrat avec Harper's Bazaar pour la création des couvertures de la revue mensuelle américaine, il s'embarque à l'automne pour les États Unis, où il passera les hivers 1936-1937 et 1937-1938. Il exécute quelques projets d'affiches dont seulement quelques-unes sont éditées. Mais depuis sa rencontre avec Balthus, il consacre une grande part de son activité à la peinture de chevalet.
De retour à Paris, il se consacre à la peinture et à la décoration théâtrale, dans laquelle il découvre un champ de création privilégié où se complètent architecture et peinture. Il travaille notamment pour l'Opéra de Paris, la Comédie des Champs-Élysées, l'Opéra de Monte-Carlo, la Comédie-Française, le Festival du Mai Florentin, le Bayerische Staatsoper de Munich… Parallèlement, il poursuit une activité de graphiste à travers la création de pochettes de disque, de brochures publicitaires (parfums Lucien Lelong), de cartes à jouer publicitaires (Hermès), de caractères pour machines à écrire (Olivetti) et du logotype du grand couturier Yves Saint Laurent, encore utilisé aujourd'hui. Il est aussi sollicité par les organisateurs du Festival d'Aix-en-Provence qui lui confient la construction du théâtre à l'italienne en plein air dans la Cour de l'Archevêché, ainsi que la création des décors et costumes pour le Don Giovanni de Mozart avec lequel le théâtre est inauguré. Le spectacle remporte un succès international. Cassandre est alors à l'apogée de sa carrière de peintre de théâtre.
Dans les années 60, retiré dans le Bugey, Cassandre travaille à ses recherches graphiques, typographiques et picturales. Ses dernières années seront consacrées à des rétrospectives de son oeuvre : Galerie Motte de Genève (1966), Galerie Janine Hao à Paris (1966), Rijksakademie d'Amsterdam (1967)…
Il met fin à ses jours le 17 juin 1968, à Paris.
Son oeuvre couvre une centaine d'affiches publicitaires que toute une génération gardera dans l'oeil comme autant de traces inscrites dans la mémoire collective, d'un artiste qui sut imposer durant un demi-siècle une création graphique au service du grand public.

 

 

Philippe Béran
Direction musicale

Après une formation classique, Philippe Béran mène une carrière qui l'éloigne des sentiers battus. Né à Genève en 1962, il suit, en parallèle, des études scientifiques et musicales. Premier prix de clarinette au Conservatoire de Genève puis au Conservatoire National de Musique de Paris, il obtient un 1er prix de direction d'orchestre au Conservatoire de Genève. Il décroche également un diplôme de physique théorique à l'Université de Genève et enseigne dix ans les mathématiques, la physique et la musique aux collégiens. Lorsqu'il peut se consacrer exclusivement à la musique et à la direction d'orchestre, ce mari et père de quatre enfants fait de sa relation privilégiée avec le jeune public l'une de ses cartes maîtresses.

Désireux de transmettre sa passion et son amour profond de la musique à la nouvelle génération, Philippe Béran mise sur l'enthousiasme : le sien, qu'il communique aussitôt au public. Il rompt avec « les schémas de concerts vieux de 250 ans » et le côté guindé de certaines représentations où n'assistent que des mélomanes avertis. Pour amener à la musique ceux qui la connaissent peu, ou mal, il développe une forme originale et vivante de concert où le public n'est pas tenu à distance mais invité à participer. Plus courtes, ponctuées de commentaires, ces représentations font découvrir le grand répertoire symphonique avec simplicité et humour, dans un esprit de partage et de complicité avec la salle.

Le succès est au rendez-vous : chaque année, 12000 enfants viennent écouter les concerts commentés que Philippe Béran dirige à la tête de l'Orchestre de la Suisse Romande, des spectacles qui se jouent à guichet fermé. Présentée au Grand Théâtre de Genève au printemps 2011, la version courte de la Flûte enchantée de Mozart a dû être reprogrammée à l'automne. En décembre 2011, la projection des « Temps modernes » de Charlie Chaplin a fait 10 salles combles au Victoria Hall. Un véritable challenge, pour le chef et l'OSR, car la musique et les images doivent être parfaitement synchrones : « 99% de réussite, cela ne suffit pas ! » aime à dire le Genevois, grand spécialiste de la direction de ciné-concerts, en particulier des films de Chaplin.

Responsable de l'action pédagogique de l'Orchestre de la Suisse romande et de l'Orchestre de Chambre de Lausanne de 2002 à 2011, Philippe Béran est également le directeur de l'Orchestre du Collège de Genève. Cette jeune formation de très bon niveau rassemble une centaine de collégiens, âgés de 14 à 19 ans, et couvre tous les répertoires : symphonique et choral, ballets, opéras, musiques de films. Chaque année, l'Orchestre du Collège assure une quinzaine de concerts et part régulièrement en tournée – dernièrement en Toscane et… en Chine!

La musique et le plaisir, toujours, pour ce chef d'orchestre qui a la joie de vivre et l'énergie chevillées au corps. C'est dans cet esprit qu'il enseigne la direction d'orchestre à la Haute Ecole de Musique de Lausanne depuis 2009.

Sur un terrain plus classique, Philippe Béran s'est fait remarquer comme chef d'opéra (invité régulier du Grand Théâtre de Genève depuis 2002 et de l'Opéra de Lausanne) mais surtout comme chef de ballet, un genre qu'il affectionne particulièrement. Il parcourt le monde auprès de nombreuses et célèbres compagnies des plus prestigieux opéras. En décembre 2007, il a donné neuf représentations de « Casse-Noisette » au Lincoln Center avec le New York City Ballet. En mai 2008, il a inauguré le nouvel opéra de Pékin avec le Ballet national de l'Opéra de Paris et l'Orchestre symphonique du Ballet central de Chine (Paquita). Il est aussi régulièrement invité depuis 2009 par l'Opéra Royal de Suède à Stockholm et fais ses débuts cette saison à l'Opéra National de Finlande.