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La voix, guide suprême

Trois questions à Philippe Cassard

 

À l’occasion du récital qu’il donne avec Karine Deshayes jeudi prochain au Théâtre du Capitole, le pianiste Philippe Cassard, au sommet de sa carrière internationale, a accepté de partager avec nous son amour pour la voix et le répertoire du Lied et de la Mélodie.

 

 

Vous avez une immense carrière de soliste. Quel est pour vous le plaisir particulier d’accompagner la voix ?

Mon goût pour l’opéra et le monde du Lied, de la Mélodie, remonte à mon adolescence. Lorsque je suis parti à Vienne poursuivre mes études au début des années 80, j’ai trouvé dans cette ville matière à cultiver ma passion et développer mes connaissances. J’allais à l’opéra tous les soirs, j’ai assisté à plus de 160 représentations en un peu moins de trois ans. Autant dire tout le répertoire… Il y avait encore, à l’époque, une vingtaine de récitals (Liederabende) entre le Musikverein et le Konzerthaus : Christa Ludwig, Margaret Price, Gundula Janowitz, Peter Schreier, Dietrich Fischer-Dieskau, Jessye Norman, Edita Gruberova, Rita Streich et tant d’autres… Et puis j’ai été l’un des pianistes de la classe de Lied d’Erik Werba. Il était l’accompagnateur préféré d’Irmgard Seefried. Il m’a révélé tout le répertoire, et j’ai lu des centaines de Lieder. Très vite, de retour à Paris, j’ai fait mes débuts au Théâtre du Châtelet aux côtés de Christa Ludwig. Et j’ai commencé à travailler avec plusieurs chanteuses et chanteurs français et étrangers. Cela me semblait naturel, comme le prolongement de mon métier de concertiste. La voix, ce devrait être le guide suprême des instrumentistes. Respirer, phraser, articuler, ressentir, projeter, nuancer comme un chanteur, voilà l’idéal.

 

 

 

Comment définiriez-vous le duo que vous formez avec Karine Deshayes ?

Complémentaire de celui que je forme depuis dix ans avec Natalie Dessay. J’ai toujours adoré les voix de mezzo, et celle de Karine est à la fois chaleureuse, vaste, expressive, au point qu’elle peut se permettre depuis quelques temps d’aborder des rôles de soprano. Mais en récital, nous abordons des cycles de Schumann, Berlioz, Ravel et Fauré, qu'elle interprète magnifiquement, dans des tessitures de mezzo, là où les couleurs de sa voix sont les plus belles.

 

Gounod, Ravel, Fauré, Duparc : comme pianiste, quel est votre lien à ce répertoire, quintessence de la mélodie française ?

Je n’ai pas d’approche nationaliste de mon répertoire. Je ne joue que ce qui me plaît et me touche. Il y a des quantités de mélodies françaises ratées, même chez de grands compositeurs, et encore davantage chez les petits maîtres, soit parce que les poésies sont mauvaises ou inintéressantes, soit parce que la musique est faible. C’est très politiquement incorrect de dire cela… Mais il y a aussi des Lieder de Wolf, de Strauss ou même de Schubert qui sont loin d’être des chefs-d’œuvre ! Karine choisit toujours les mélodies françaises avec soin. Je partage les mêmes affinités qu’elle. Pas une note de Duparc n’est à jeter, bien au contraire : ses Mélodies, qu'il a parfois passé dix ans à peaufiner, comptent parmi les plus géniales créations de la musique française. Gounod est plus inégal, mais L’Absent ou Le Soir sont des bijoux du romantisme français. Fauré conjugue le charme avec un raffinement poussé à l’extrême dont je goûte les essences rares. Ravel n’a pas son pareil pour mettre en musique des atmosphères exotiques, irréelles, comme les mélodies de Debussy qui nous emmènent dans le monde du rêve. Il faudrait encore citer Massenet, Saint-Saëns, Chausson, Chabrier, Widor, Hahn, Bizet, qui ont chacun apporté leur pierre dans le jardin féérique de la mélodie française.

 

Réservez vos places pour le récital de Karine Deshayes, accompagnée par Philippe Cassard, le jeudi 21 avril : En savoir +