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L'Oratorio de Noël : Bach jubilatoire

Entretien avec Jordi Savall

Le grand chef catalan, l’un des plus éminents spécialistes de musique ancienne de notre temps, est toujours fidèle au Capitole. Les 10 et 11 décembre, Jordi Savall dirige les trois premières cantates de l’Oratorio de Noël, le chef-d’œuvre jubilatoire et fervent de Bach. Il est à la tête de son ensemble, Le Concert des nations, mais aussi, pour la toute première fois, du Chœur de l’Opéra national du Capitole. À l’approche des fêtes, un événement à ne surtout pas manquer !

Quelle place occupe Johann Sebastian Bach dans votre vie et votre carrière ?

Une place extrêmement importante ! J’ai commencé tout jeune avec les Sonates pour viole de gambe, puis sont venus L’Art de la fugue, L’Offrande musicale, les Suites d’orchestre, les Concertos brandebourgeois, la Messe en si, etc. C’est un génie qui m’est absolument essentiel, il m’a toujours accompagné et ne cessera de m’accompagner.

Quelles sont ses particularités et ses difficultés propres ?

Sa particularité fondamentale, outre une maîtrise absolue du contrepoint, c’est sa capacité à capter tous les styles, la connaissance profonde qu’il a de la musique de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Il vient d’une tradition allemande très ancrée, avec Schütz, Scheidt, Rosenmüller, Buxtehude, etc., mais il connaît parfaitement la musique italienne (Vivaldi par exemple, dont il a transcrit plusieurs œuvres), la musique française (notamment Couperin). Certaines de ses pièces sont d’ailleurs dans le plus pur style italien ou français, qu’il imite parfaitement. Et pourtant, son propre style, dont il ne se départit jamais, est inimitable. Il est par ailleurs très au fait de la technique de chaque instrument et tire de chacun des possibilités très personnelles. Il traite les voix et les instruments de la même manière, ce qui est doublement exigeant : les chanteurs doivent avoir une technique instrumentale et les instrumentistes doivent trouver une vocalité particulière. Son style vocal est d’une grande pureté et il faut en bannir l’usage du vibrato, qui crée des perturbations dans les harmonies très riches et très subtiles qu’il met en place. De toute façon, il faut rappeler qu’à l’époque, le vibrato est une forme d’ornement employé à des moments très précis, et non un état « naturel » de la voix.

Venons-en à l’Oratorio de Noël : que faut-il savoir de ce chef-d’œuvre ?

Le Weihnachtsoratorium est un ensemble de six cantates composées en 1734 pour les églises Saint-Nicolas et Saint-Thomas de Leipzig en célébration des fêtes de Noël, du 25 décembre à l’Épiphanie. Les textes allemands, inspirés du Nouveau Testament (évangiles selon Luc et selon Matthieu), évoquent la Naissance du Christ (I), l’Annonce aux bergers (II), l’Adoration des bergers (III), la Circoncision et le nom de Jésus (IV), le Voyage (V) puis l’Adoration des Rois mages (VI). C’est donc la joie, la jubilation qui domine, avec force trompettes et timbales, très loin de l’atmosphère tragique des Passions. D’ailleurs, beaucoup de pages viennent de cantates profanes composées antérieurement par Bach, qui n’a pas hésité, comme il était d’usage à l’époque, à réutiliser un matériau existant. Il y a aussi de sublimes moments de ferveur adoratrice, auxquels il donne des couleurs pastorales (les bergers sont omniprésents), avec flûtes, hautbois, hautbois d’amour et cors. Au Capitole, nous donnerons les trois premières cantates, car le cycle entier est très long. Mais les séparer n’est pas un problème, car chacune était de toute façon exécutée un jour différent.

Ce concert est l’occasion d’un événement pour les artistes du Chœur du Capitole : vous allez-les diriger pour la première fois. Qu’attendez-vous d’eux ?

J’attends d’eux qu’ils chantent bien ! (rires) Plus sérieusement, je travaillerai avec eux les éléments de style requis par cette musique, naturellement, mais je sais qu’ils sont très bien préparés par leur chef de chœur Gabriel Bourgoin. Je leur demanderai de chanter de toute leur âme, avec beaucoup d’émotion, et surtout qu’ils portent une extrême attention au texte, à sa signification et à sa rhétorique. C’est primordial pour moi, car tout l’art vocal de cette époque est fondé sur la déclamation. Mais je leur fais toute confiance, et je me réjouis de me plonger avec eux dans ce chef-d’œuvre absolu, et de partager cette ferveur joyeuse avec le public toulousain en ces fêtes de fin d’année.

 

Propos recueillis par Dorian Astor pour le Vivace n°14

Lire le Vivace n°14 en intégralité

 

L'Oratorio de Noël
10 et 11 décembre

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Crédits photo

► Jordi Savall © Palau Peñarroya
► Francisco de Zurbarán, L’Adoration des bergers, 1638. © G. Dagli Orti / NPL - DeA Picture Library / Bridgeman Images