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Mady Mesplé (1931-2020)

Disparition de la grande soprano toulousaine

 

S'il est une personnalité toulousaine qui porta haut les couleurs de la Ville rose de par le monde, c'est bien Mady Mesplé. Soprano colorature connue pour la facilité de ses aigus stratosphériques, Mady Mesplé naît et se forme à Toulouse, où ses dons pour la musique se révèlent très tôt. Pianiste virtuose, elle commence par gagner sa vie comme accompagnatrice de variété. Mais c'est le chant qui fera de cette musicienne hors pair une star internationale : en 1953, elle fait ses débuts dans le rôle de Lakmé, à Liège. Dès 1956, l'Opéra de Paris l'invite pour des rôles très différents, depuis Gilda de Rigoletto jusqu'à Sœur Constance des Dialogues des Carmélites, osant le grand écart entre Les Indes galantes de Rameau et Lucia di Lammermoor de Donizetti. Familière du Festival d'Aix-en-Provence, elle s'y fait remarquer dans des ouvrages aussi divers que Zémire et Azor de Grétry (1956) qu'en Zerbinetta d'Ariane à Naxos (1966). Elle s'impose rapidement comme la soprano colorature la plus phénoménale de sa génération, et se voit inviter par toutes les capitales du monde lyrique : Londres, Vienne, Munich, New York, Moscou, Buenos Aires, Rio de Janeiro...

 

 

Si le grand public la voit souvent comme une chanteuse spécialisée dans l'opérette, elle fut pourtant une artiste complète, qui chanta le grand répertoire et la musique de son temps. Elle a ainsi collaboré avec beaucoup de compositeurs, dont elle créa quelques œuvres marquantes : Princesse Pauline d'Henri Tomasi, Le Dernier Sauvage de Gian Carlo Menotti, ou encore, côté musique de chambre, le Quatuor n°2 de Betsy Jolas et Quatre Poèmes de Sappho que compose pour elle Charles Chaynes. Elle fera la création française du chef-d'œuvre de Henze, Elégie pour jeunes amants, et se verra régulièrement invitée par Pierre Boulez pour interpréter L'Échelle de Jacob de Schoenberg.


Habituée des plateaux de télévision dans les années 1970 et 1980, elle apportait le sourire de sa voix cristalline aux téléspectateurs qui pouvaient ainsi la découvrir dans ses grands « tubes » : l'air des clochettes de Lakmé, les valses viennoises, l'opérette – aux côtés de Luis Mariano – mais aussi dans la mélodie française, dont elle reste l'une plus des émouvantes interprètes.
Fidèle à Toulouse, elle a toujours su trouver le temps de se produire au Théâtre du Capitole entre ses tournées mondiales et les nombreuses séances d'enregistrements – elle laisse, souvent en compagnie de Michel Plasson à la tête de l'Orchestre du Capitole de Toulouse, un important legs discographique (EMI/Warner), qui témoigne tant de la qualité de son chant que de sa formidable versatilité artistique.


Une grande dame de l'opéra s'en est allée et, avec elle, l'une des dernières stars populaires du monde lyrique.