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Pour Mozart, le théâtre est essentiel !

Entretien avec Frank Beermann

 

Ancien directeur musical de l'Opéra de Chemnitz, Frank Beermann s'impose aujourd'hui comme l’un des chefs allemands les plus importants de sa génération. Après les inoubliables Parsifal et Elektra, il revient cette saison pour diriger la nouvelle production de La Flûte enchantée.

 

Au Capitole, vous avez dirigé le Parsifal de Wagner et l’Elektra de Strauss ; aujourd’hui c’est La Flûte enchantée de Mozart. Établissez-vous un lien entre ces trois compositeurs ?

Je crois que Mozart inaugure tout ce que l’on entend aujourd’hui par le terme « opéra ». Strauss tout particulièrement connaissait très bien Mozart et en a fait
une source essentielle d’inspiration. La dramaturgie musicale telle que l’invente Mozart est jusqu’à aujourd’hui une boussole pour tous les compositeurs d’opéra. Bien sûr il y avait de l’opéra avant lui, mais il en a redéfini le genre comme un genre proprement théâtral. Tous ceux qui sont venus après Mozart ont eu un oeil très attentif sur ce qu’il avait fait.

 

Un oeil sur la trilogie Da Ponte (Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte) ou plutôt sur La Flûte enchantée ?

Da Ponte fut peut-être le plus génial de tous les librettistes, mais le génie de Schikaneder est incontestable, dans un autre genre. C’était extrêmement audacieux de créer un opéra à la fois populaire et mystique, symbolique et féérique.

 

La Flûte enchantée est-elle le testament de Mozart ?

Je ne pense pas qu’il en ait eu conscience. En revanche, il est remarquable qu’il ait hésité jusqu’au bout sur le titre à donner à ce Singspiel : La Flûte enchantée ou Les Mystères égyptiens. L’influence maçonnique est profonde, et si testament il y a, c’est un testament spirituel à destination de l’humanité, qui affirme la possibilité d’une voie vers une vie bonne et juste.

 

La manière de diriger Mozart a beaucoup évolué depuis une quarantaine d’années. Comment un chef d’orchestre abordet-il Mozart aujourd’hui ? Prend-on en considération cette histoire de l’interprétation mozartienne ?

Naturellement, parce que nous avons suivi cette évolution, nous l’avons vécue avec passion. Les différentes approches, de la tradition romantique jusqu’aux reconstitutions sur instruments d’époque, offrent de grandes possibilités de choix. C’est cette conscience historique qui permet finalement, sur le moment, d’être spontané et personnel. On peut parfaitement jouer Mozart sur instruments modernes si on a conscience de la spécificité du langage mozartien.
La Flûte enchantée est peut-être l’opéra que j’ai le plus dirigé dans ma carrière, et j’ai toujours essayé d’en avoir chaque fois une lecture renouvelée. Par ailleurs, la direction musicale doit s’épanouir en rapport étroit avec la mise en scène, c’est une genèse commune.

 

L’ouvrage appelle-t-il une couleur orchestrale particulière ?

Certains moments sont mystiques, comme le duo des hommes armés et la scène des épreuves initiatiques, qui font vraiment penser au Requiem. Les airs de Sarastro sont également empreints d’une grande spiritualité. Il faut trouver une couleur spéciale pour cette dimension spirituelle.

 

La Flûte était conçue comme un ouvrage populaire, créée dans un théâtre des faubourgs de Vienne. Comment se fait-il que le niveau d’exigence vocale des rôles soit si élevé ? Il y a des airs extrêmement difficiles !

C’est un point très intéressant ! Loin des opéras en italien donnés à la cour, Mozart est fasciné par le théâtre musical populaire, en langue allemande. Il a précisément révolutionné le genre en lui offrant une musique dont la difficulté et la qualité était celles des grands opéras. Il aime depuis toujours le Singspiel, où alternent airs et dialogues parlés, l’équivalent allemand de l’opéra-comique. Il veut que le public comprenne chaque mot. Il a même souhaité une version des Noces de Figaro avec dialogues parlés en allemand à la place des récitatifs chantés en italien, à destination des quartiers populaires. C’est ce que nous faisons nous aussi pour cette production : des dialogues en français pour un public francophone ! Pour Mozart, c’est le théâtre qui est l’essentiel.

 

Propos recueillis par Constance Saint-Germain

 

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