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Entretien avec David Grimal

Week-end découverte Dvořák

 

C’est la première fois que Dvořák est à l’honneur à l’Opéra national du Capitole, avec l’entrée au répertoire de son chef-d’oeuvre lyrique, Rusalka. Pour célébrer cet événement, tout un week-end est consacré à la découverte de cet immense compositeur et de la musique tchèque dont il est un des grands représentants. Les joyaux de sa musique de chambre, son oeuvre pour piano mise en regard avec celle de son grand ami Brahms, et un voyage à travers les plus belles mélodies tchèques : une exploration, par les meilleurs interprètes, du génie tchèque dans toute sa plénitude.

À cette occasion, le célèbre violoniste David Grimal partage avec nous son bonheur de jouer avec le merveilleux pianiste israélien Itamar Golan et le quatuor à cordes issu de son orchestre Les Dissonances, une,formation atypique qui brille de manière singulière dans le monde musical d’aujourd’hui.

 

 

Quel est votre lien particulier à la musique de Dvořák ?

Je vous avoue que, lorsque j’étais plus jeune, je ne me sentais pas très à l’aise avec Dvořák. Il me semblait que son langage très virtuose et brillant avait quelque chose de sucré, d’excessivement pathétique. En fait, c’est assez récemment que son univers s’est ouvert à moi, notamment en retravaillant le Concerto pour violon : j’ai saisi la complexité et la beauté de cette écriture ; j’ai compris qu’il y avait eu toute une tradition d’interprétation qui avait alourdi, épaissi sa musique jusqu’à l’écoeurement (Brahms a souffert du même problème). Alors qu’en réalité, son écriture, très contrapuntique, harmoniquement très riche, exige une grande transparence, une grande rigueur. Il faut la jouer avec autant de soin qu’un quatuor de Beethoven ou un trio de Schubert. Il devient alors évident que c’est un compositeur absolument majeur – qui n’a pas toujours été bien servi et qui, comme Brahms, entre depuis quelques années dans une nouvelle ère interprétative plus adéquate à son génie.

 

Dans votre programme, vous interpréterez également Josef Suk et Janáček. Y a-t-il une identité propre à la musique tchèque ?

Sans aucun doute possible ! C’est un monde musical qui ne peut se définir qu’à partir des musiques populaires de Bohême-Moravie. C’est le terreau sur lequel s’est construite toute la musique tchèque dite savante. Les danses, les chansons populaires sont un matériau qui donne une dynamique, des couleurs absolument inimitables. Janáček en a fait une véritable profession de foi, au point qu’on l’a longtemps apprécié comme folkloriste et sous-estimé comme compositeur. Le fond de cette inspiration folklorique, c’est un enracinement profond dans la Nature et dans l’Homme. L’émotion est immédiate. C’est extrêmement sensible chez Dvořák.

 

Vous aurez pour partenaire le pianiste Itamar Golan, avec lequel vous travaillez souvent. Pour quelles raisons aimez-vous jouer avec lui ?

Nous nous connaissons depuis très longtemps et nous jouons de plus en plus ensemble. Itamar, qui est évidemment un pianiste extraordinaire, a une particularité : c’est un pianiste pour les violonistes ! Je crois qu’il aime le violon encore plus que moi-même ! (rires) C’est un grand honneur de partager la scène avec lui, qui joue avec les plus grands violonistes de la planète : Maxime Venguerov, Vadim Repin, Janine Jansen, Ivry Gitlis, etc. Il crée pour le violoniste un espace qui l’invite à se sublimer.

 

Parlez-nous enfin des Dissonances, dont vous êtes le directeur musical – un orchestre à géométrie variable, qui a la particularité de jouer sans chef.

Je dois corriger un peu : c’est un orchestre sans « chef d’orchestre », c’est-à-dire que j’en suis bien le directeur musical, mais je ne dirige pas au moment du concert. Nous travaillons de telle sorte qu’au moment du concert, ce ne soit plus nécessaire. Nous sommes dans le partage, l’écoute mutuelle : même à 100 musiciens, c’est de la musique de chambre à grande échelle. J’ai un plaisir fou à ne pas maîtriser l’interprétation, c’est la musique qui nous dirige et nous porte. Forcément, elle sonne d’une tout autre manière. C’est évidemment le même esprit qui nous anime lorsque nous sommes en formation plus restreinte, jusqu’à celle du quatuor comme pour le concert du 7 octobre au Capitole.

Propos recueillis par Dorian Astor

 

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