Actualités

Le prince du Danube

Pavol Breslik en récital

Le grand ténor slovaque fait ses débuts sur la scène du Capitole dans un récital où lied allemand, mélodies tchèques et slovaques sont à l’honneur. À l’occasion de cet événement, dont le programme fait écho aux merveilleuses couleurs de la Rusalka de Dvořák en ouverture de saison, coup de projecteur sur cet artiste qui déchaîne l’enthousiasme du public et de la critique sur les plus grandes scènes internationales.

À le voir en photo, habillé par une grande couturière munichoise dans de prestigieux magazines de mode, on croirait que Pavol Breslik est le nouveau sex-symbol hollywoodien. Mais non, ce jeune quarantenaire slovaque incarne Tamino dans La Flûte enchantée, Alfredo dans La Traviata ou Lenski dans Eugène Onéguine. Depuis que le magazine Opernwelt l’a désigné, en 2005, « Jeune Chanteur de l’année », les projecteurs se sont braqués sur cet artiste devenu l’un des ténors les plus demandés de sa génération. Il n’a pas seulement un physique de jeune premier et d’impressionnants talents d’acteur, il séduit par sa voix solaire, à la fois claire et vaillante, brillante et chaude.

Né dans ce qui à l’époque était encore la Tchécoslovaquie, patrie de grands chanteurs tels qu’Edita Gruberova, Lucia Popp ou Peter Dvorsky, il est bel et bien slovaque, et non tchèque. Il revendique cette école de chant slovaque, plus proche des traditions russe et italienne que l’école tchèque, davantage influencée par l’école allemande. Mais, encore étudiant au Conservatoire slovaque de Banská Bystrica, c’est en République tchèque qu’il remporte le Prix Dvořák en 2000 et au Théâtre national de Prague qu’il fait, dès l’année suivante, des débuts remarqués. Il part ensuite se perfectionner au CNIPAL de Marseille, où il a le souvenir d’un travail intense et extrêmement formateur. Puis il fera ses armes dans l’ensemble du Staatsoper de Berlin. C’est là qu’il se fait remarquer par les plus grands chefs : Kurt Masur, avec qui il chantera souvent, et Daniel Barenboïm qui, lui réclamant un jour par surprise les airs de Tamino et de Nemorino, l’engage aussitôt. Démarre alors une carrière fulgurante dans les plus grandes maisons d’Europe : Opéra de Vienne, Opéra de Paris, Liceu de Barcelone, Monnaie de Bruxelles, sans oublier les festivals d’Aix-en-Provence et de Salzbourg. Il est bientôt fêté au Metropolitan Opera de New York et à l’Opéra de Sidney. Il est de tous les grands événements de la vie musicale internationale : il est invité pour l’inauguration de l’Elbphilharmonie de Hambourg en 2017, le Bal de L’Opéra de Vienne l’année suivante. En 2021, il est nommé Kammersänger par la Bavière.

Mais grandes productions lyriques et concerts de gala n’ont jamais empêché le récital d’occuper une place centrale dans la carrière de Breslik : « En récital, avoue-t-il, il n’est plus question d’un rôle derrière lequel vous pouvez vous cacher mais d’un chanteur qui assume qui il est vraiment. Le récital me donne toujours l’envie de donner ce que j’ai de meilleur. » On se souvient, en 2014 à l’Amphithéâtre Bastille, d’une bouleversante Belle Meunière de Schubert, programmée par… Christophe Ghristi, alors directeur de la dramaturgie de l’Opéra national de Paris et responsable de la série Convergences, où il avait eu à cœur de défendre le répertoire du lied et de la mélodie. Breslik de son côté a toujours tenu, parallèlement au lied allemand, à cultiver le répertoire de la mélodie slave, où il est inégalable. C’est pourquoi le 16 janvier, foulant pour la première fois la scène du Capitole, il a choisi non seulement Schubert et Liszt – de ce dernier, il chantera les mélodies sur des poèmes de Victor Hugo dans un français dont on avait déjà constaté la prononciation remarquable dans Faust ou Les Pêcheurs de perles – mais également les émouvantes Mélodies tziganes de Dvořák. Et comme, toujours, il lui importe de distinguer les identités tchèque et slovaque, c’est avec un merveilleux compositeur slovaque de la première moitié du XXe siècle qu’il souhaitait clore ce récital exceptionnel : Mikuláš Schneider-Trnavský, auquel il avait consacré un très bel enregistrement chez Viva Musica ! dès 2014. Gageons que nous découvrirons bientôt au Capitole, effectivement, qui est vraiment Pavol Breslik et ce qu’il peut donner de meilleur.

Dorian Astor
Dramaturge de l'Opéra national du Capitole

 

Retrouvez Pavol Breslik en récital au Théâtre du Capitole !
Lundi 16 janvier à 20h

En savoir plus 

 

Crédit photo
► Pavol Breslik © Pascal Albandopulos
► Pavol Breslik dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski (Lenski) à l’Opéra de Zurich, 2017. © Monika Rittershaus