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Entretien avec Mathias Vidal

Platée

 

Platée est un rôle extrêmement exposé, vocalement parlant : comment le caractériseriez-vous, par rapport aux autres rôles similaires du répertoire de l’époque ?

Mathias Vidal : Il n’est pas plus exposé qu’un autre rôle de Rameau et certainement plus facile qu’Abaris dans Les Boréades. Mais ce qu’il dégage et vous fait poser la question est son exubérance dramatique, son originalité qui en fait un personnage totalement à part. Pour ces raisons, il faut rester prudent et ne pas se laisser entraîner dans de fausses pistes caricaturales. Vocalement, il reste dans la lignée de la haute-contre chez Rameau, à savoir un médium solide, un registre aigu que nous retrouverons dans tout le répertoire français jusqu’au début du XXe siècle, et sans doute moins de registre grave que pour Dardanus, rôle plus noir bien entendu.

 

On parle à propos de Platée de comédie ; mais la mésaventure de cette « grenouillenymphe » est quand même terrible ! Qu’est ce que Rameau et son librettiste avaient en tête, d’après vous ?

MV: C’est tout à fait mon interprétation. La fin est dramatique et doit le rester pour en faire plus qu’une comédie, qui était à l’époque réservée aux parodies des tragédies lyriques. Le propos reste finalement assez proche d’un sujet sérieux, traité avec une légèreté qui ne laisse pas oublier la dangerosité de l’environnement dans lequel navigue notre grenouille.

 

On vous a découvert dans le répertoire baroque, et vous interprétez maintenant le Faust de Berlioz, Cinq-Mars de Gounod, Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach et Le Nain de Zemlinsky etc. Avez-vous un répertoire de prédilection ou prenez-vous le même plaisir à ces esthétiques différentes ?

MV: Vous m’avez découvert dans le répertoire baroque mais vous serez surpris de savoir que des personnes ne me connaissent absolument pas dans cette musique et seraient elles-mêmes surprises de savoir que je chante la haute-contre ! J’ai mis du temps à me familiariser avec ce répertoire, certainement le plus exigeant. Mais c’est dans le répertoire romantique français que j’ai débuté, avant de passer par Mozart, Rossini, Bellini, Donizetti, Strauss et bien d’autres, saupoudrés d’opérettes et de
m’attaquer sérieusement à la musique baroque italienne d’abord, puis française par la suite. Cette musique baroque française est tellement difficile que je n’aurais jamais survécu en commençant par là. Il me sera d’autant plus difficile de vous répondre sur mon répertoire favori, tant je prends du plaisir à chanter, tout simplement. Mais il est vrai que les années passent et que la pratique d’un répertoire plus qu’un autre nous ouvre tout un univers de compétences, impossible à atteindre sans une certaine fidélité à un répertoire en particulier.

 

Sans dévoiler les saisons à venir, pourriez-vous nous dire quelques mots sur les projets qui vous tiennent à coeur pour l’avenir ?

MV: Rien que cette saison, après Les Noces de Figaro au Théâtre des Champs-Élysées, je chanterai donc Tamino de La Flûte enchantée à Avignon et Versailles, puis la reprise des Boréades au Komische Oper de Berlin. J’irai ensuite chanter L’Enfant et les Sortilèges aux États-Unis avec l’Orchestre de Philadelphia avant Platée à Toulouse et Versailles. Il y a aussi Le Couronnement de Poppée au TCE et la reprise d’Orlando Paladino à Munich ainsi que de nombreux concerts avec des ensembles tels que « Le Cercle de l’Harmonie », « Les Ombres », « La Cappella Mediterranea ». J’ai aussi plusieurs projets d’enregistrement mais il est trop tôt pour vous en parler…

Je chanterai Les Pêcheurs de perles la saison prochaine. Ça fait longtemps que je voulais chanter cet opéra, mais je n’étais jusqu’ici jamais libre lorsqu’on me l’a proposé. Je chanterai aussi La Fille de Madame Angot de Lecocq en concert.

 

Propos recueillis par Jean-Jacques Groleau