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Entretien avec Mathias Vidal

Ténor ou haute-contre ?

Le ténor français Mathias Vidal, qu’on a pu entendre dans Così fan tutte la saison dernière, s’est également imposé comme l’un des grands interprètes des rôles de Rameau, écrits pour la voix de haute-contre. Il a fait paraître récemment un disque remarqué, « Rameau triomphant » (Château de Versailles Spectacles), et sera Platée sur la scène du Théâtre du Capitole. Il revient pour nous sur les spécificités de sa tessiture.

 

Qu’est-ce qu’un haute-contre à la française ?

C’est un pléonasme ! Le haute-contre est forcément « à la française », car c’est le terme employé en France, tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles (et parfois encore au XIXe), pour désigner ce que nous appelons le ténor. Les autres tessitures ont également reçu une terminologie typiquement française : dessus (soprano), bas-dessus (mezzo-soprano), taille (baryton), basse-taille (basse). Il y a parfois une confusion entre haute-contre et contreténor (l’alto masculin), mais cela vient du fait que certaines parties de haute-contre sont très aiguës, notamment chez Charpentier. C’est une toute autre tradition que les countertenors à l’anglaise ou les contralistes reprenant le répertoire des castrats, et qui, eux, chantent en voix de tête (falsetto).

 

Concernant la hauteur de la tessiture, cela dépend aussi du diapason utilisé ?

En effet. Le diapason de Rameau est quasiment un ton plus bas que le diapason moderne. Alors les parties de haute-contre correspondent vraiment à une tessiture de ténor central. Le rôle de Platée, écrit pour Pierre de Jélyotte, ne monte pas très haut. L’habitude aujourd’hui pour la musique baroque, c’est de jouer un demi-ton plus bas que le diapason moderne, mais c’est plus haut que Rameau ne l’entendait. C’est dommageable pour les ténors, car cela induit une tension vocale superflue.

 

Faites-vous usage de la voix de tête dans l’aigu ?

Le ténor n’utilise pas la voix de tête, sauf pour des effets comiques. En revanche, dans toute la musique française, de Lully à Gounod, on utilise ce qu’on appelle la voix mixte, qui consiste à alléger la voix dans l’aigu pour pouvoir chanter piano, sans passer en voix de tête. Pour le Don José de Carmen par exemple, Bizet réclame un pianissimo sur certains aigus. Il faut alors utiliser la voix mixte. C’est revenu dans les mœurs des ténors d’aujourd’hui, qui ne cherchent plus la vaillance à tout prix. Un ténor puissant capable de chanter avec tendresse, c’est beaucoup plus beau, et plus intéressant.

Vous parliez d’effet comique : il se trouve que Platée est un rôle travesti. Mais le format vocal est tout à fait viril. Quelle est la part de féminin dans ce rôle ?

Lorsque les ténors se travestissent, ce n’est pas pour jouer des jeunes filles. Platée est une vieille dame, comme la Nourrice (ténor) dans Le Couronnement de Poppéede Monteverdi. Si, comme interprète, on cherche sa part de féminité, mais aussi sa vieillesse et son ridicule, tout est dans la partition : on n’a pas besoin de changer sa manière de chanter, ni surtout de surjouer.

Quelles sont les difficultés du rôle de Platée ?

Les mêmes que pour tous les rôles de Rameau et le répertoire baroque français en général : c’est la nécessité de combiner la puissance et l’ornementation. Les ornements exigent de la voix une très grande souplesse et légèreté, mais les rôles sont vaillants ! Il faut pratiquer ce répertoire pendant des années, jusqu’à ce que cela devienne un plaisir.

Vous avez interprété un magnifique Ferrando dans Così fan tutte l’année dernière au Théâtre du Capitole. Chante-t-on Mozart et Rameau avec deux techniques différentes ?

Surtout pas ! Il n’y a qu’une (bonne) technique. Ce qui diffère, c’est le style, mais il émane nécessairement de l’écriture elle-même. C’est en faisant l’effort de restituer l’esthétique musicale le plus fidèlement possible que s’imposent des adaptations, en termes de couleur, de phrasé. Cette adaptation même requiert une technique solide, qui permette la plus grande liberté possible. 

► © Bridgeman Images et Bruno Perroud.