Liens d'évitement



15 septembre 2017
Qui êtes-vous, Eugen d’Albert ?


Pianiste et compositeur de génie, Eugène d’Albert naît en Écosse d’une mère Anglaise et d’un père Allemand, lui-même issu d’une famille mi-française mi-italienne. C’est dire assez le côté pan-européen de cet artiste hors normes, nourri de la culture la plus vaste qui fut, et littéraire autant que musicale.

C’est assurément de son père que le jeune Eugène prit goût à la musique : cet homme lui-même pianiste professionnel, compositeur et arrangeur infatigable, avait un temps travaillé comme maître de ballet au Covent Garden de Londres. C’est lui qui donne à son fils ses premiers cours de piano et de théorie musicale, avant de l’envoyer à Londres en 1876 parfaire sa formation. Il s’y fait très rapidement remarquer par ses dons pianistiques, donnant des concerts publics dès l’année suivante.

Mais insatisfait du milieu musical et artistique londonien, c’est en Allemagne et en Autriche qu’il trouve enfin sa voie, découvrant les sortilèges musicaux et harmoniques de Wagner (Tristan et Isolde, dira-t-il plus tard, lui apprit davantage que tous les cours londoniens), rencontrant Brahms et Liszt, devenant même l’un des meilleurs disciples de ce dernier à Weimar. Enthousiasmé par cette culture germanique qui bouleverse radicalement ses conceptions artistiques, il décide de se faire appeler désormais Eugen et non plus Eugène. Les tournées s’enchaînent, et le public l’acclame comme l’un des plus grands maîtres du piano de la jeune génération, et Richard Strauss lui dédie même sa Burleske, qu’il crée en 1890.

Mais le jeune homme ne se contente pas de jouer les œuvres de ses aînés : il désire également composer. Ses premiers essais, brillants, seront pour son instrument : concertos pour piano et orchestre, symphonies, pages solistiques, musique de chambre et, par-dessus tout, opéras (il en compose une vingtaine !), lui permettent de se faire un nom aux côtés de ces artistes qu’il révère.

Après les succès de Die Abreise (Le Départ – 1898) et Der Improvisator (L’Improvisateur, d’après Le Tyran de Padoue de Victor Hugo – 1902), Tiefland est d’emblée reconnu comme son chef-d’œuvre. D’Albert y allie une musique opulente, digne héritière de Wagner dans ses couleurs envoûtantes, mais proche de l’école italienne vériste dans son efficacité dramatique et émotionnelle immédiate. Créé le 15 novembre 1903 au Nouveau Théâtre allemand de Prague, Tiefland devient rapidement l’un des piliers du répertoire germanique post-wagnérien. La Première Guerre mondiale coupera net cet élan, et l’ouvrage, paradoxalement, aura ensuite du mal à renaître sur les scènes internationales, ne restant plus qu’à l’affiche des Opéras allemands ou de ceux de grande culture germanique, comme Strasbourg, qui le joue régulièrement jusque dans les années 50.

Eugen d’Albert ne s’est toutefois pas arrêté là : il compose en moyenne un opéra tous les deux ou trois ans, avec un autre succès mondial en 1916, Die toten Augen (Les Yeux morts), et ce jusqu’à sa mort en 1932, date à laquelle il laisse un ultime ouvrage inachevé, Mister Wu, que complétera son ami le chef d’orchestre Leo Blech.

Informations