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23 mars 2017
Don Quichotte


Entretien
María Gutiérrez, Première Soliste au Ballet du Capitole

Pour son dernier rôle sur la scène du Théâtre du Capitole, María Gutiérrez sera Kitri, la protagoniste du ballet Don Quichotte de Kader Belarbi, les vendredi 21 et dimanche 23 avril. Lors de la représentation du dimanche en matinée, elle fera officiellement ses adieux au public toulousain. María Gutiérrez a débuté la danse dans sa ville natale de Torrelavega en Cantabrie (Espagne) avant de se perfectionner à l’Ecole de l’English National Ballet de Londres puis à Madrid, au Conservatoire Royal Supérieur et au Jeune Ballet Carmen Roche. En 2001, elle est engagée au sein du Ballet du Capitole et rapidement promue Première Soliste. Pendant seize années, elle a dansé les nombreux ballets du répertoire du Ballet du Capitole. Au faîte d’une grande carrière, un danseur a souvent une voix intérieure qui lui parle d’une échéance proche. Faire ses adieux et prendre sa retraite, c’est là un épisode très intime pour un danseur. María Gutiérrez a choisi de danser pour la dernière fois sur la scène du Théâtre du Capitole. Gageons que l’émotion sera au rendez-vous.


María Gutiérrez dans le rôle de Kitri, Don Quichotte de Nanette Glushak, Ballet du Capitole, 2006, David Herrero ©

Cette saison est votre dernière saison au Ballet du Capitole. C’est dans le rôle de Kitri que vous ferez vos adieux en avril sur la scène du Capitole. Pourquoi ce choix ?

Je viens d’avoir quarante ans et je pense qu’il est temps de passer à autre chose. La dignité chez un artiste, cela me paraît capital. Il vaut toujours mieux partir lorsqu’on est encore au sommet de son art, en pleine forme. La programmation de Don Quichotte cette saison tombait bien, en quelque sorte. C’est le premier ballet d’une soirée, dans la version de Nanette Glushak, que j’ai dansé du début à la fin, sur trois actes, avec tout qui s’enchaîne à la vitesse grand V, car Kitri est de tous les actes et de toutes les scènes. C’est un rôle où la danseuse n’a aucun répit entre les variations, les difficultés techniques, les fouettés… J’avais déjà dansé Clara dans le Casse-Noisette de Michel Rahn mais la performance n’a rien à voir avec celle demandée dans Don Quichotte. Kitri est un rôle que j’affectionne tout particulièrement car c’est moi, tout simplement. Ce n’est pas Giselle qui demande d’être une autre, d’entrer dans un rôle, de travailler la psychologie du personnage, l’interprétation… Aussi, je trouvais bien de finir sur le rôle de Kitri qui m’a vu débuter et qui m’a fait grandir. C’est un rôle qui m’a donné de l’assurance, de la confiance, qui m’a fait croire en moi, qui m’a permis de comprendre que je pouvais danser, tenir la scène dans un rôle présent sur trois actes.

Quels ont été vos rôles favoris au cours de votre carrière ?

Le personnage de Katharina dans La Mégère apprivoisée de Cranko. Sûrement, l’un de mes plus beaux rôles avec pour partenaire Breno Bittencourt. Nous nous comprenions tellement bien que nous n’avions plus besoin de nous parler. Le partenariat était magique. J’ai beaucoup apprécié danser Giselle aussi car ce rôle m’a appris que j’avais la capacité d’interprétation, chose dont je doutais. Kitri m’a prouvé que j’avais la technique nécessaire pour danser un grand rôle et Giselle que je savais interpréter, entrer dans un rôle, être une autre.

Avez-vous des regrets ? Peut-être de n’avoir pas dansé un chorégraphe qui vous tenait particulièrement à cœur ?

J’aurais adoré danser des ballets de Mats Ek, interpréter beaucoup plus de pièces de Kylián et de Cranko que je n’en ai dansées. J’aurais aussi beaucoup aimé être la Lulu de Christian Spuck, dans son ballet éponyme.

Si vous aviez à conseiller de futures danseuses, qu’auriez-vous à leur dire avant de se lancer dans une telle carrière, à la fois si courte et si exigeante ?

En danse, je ne suis pas pour la demi-mesure. Ou on donne tout ou on arrête. La danse classique est un art d’une telle exigence qu’il m’aurait été impossible de m’y adonner à moitié. Les études sont dures, difficiles, les sacrifices sont énormes donc, à les faire, il faut que ça en vaille la peine et que ce soit pour un beau résultat. Aujourd’hui, si j’avais à recommencer, à prendre à nouveau ma décision, je déciderais à nouveau d’être danseuse. Je viens d’une famille nombreuse, ma mère nous a élevés seule et comme j’avais des dispositions, Carmen Roche – qui a une école professionnelle à Madrid – m’a donné une bourse. Mais elle me disait souvent, si tu travailles, tu continues, sinon, je te retire la bourse. La vocation est venue plus tard. Au début, ayant la chance d’avoir une bourse, il fallait que je travaille, que je ne déçoive pas les gens, ma mère, mon professeur qui croyaient en moi.

Propos recueillis par Carole Teulet