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12 juillet 2017
Entretien Angelin Preljocaj, chorégraphe



Votre pièce MC 14/22 entrera cette saison au répertoire du Ballet du Capitole. Pourquoi cette pièce pour 12 danseurs hommes ?
Lorsque j’ai créé cette pièce en 2001 pour la Biennale de Danse du Val-de-Marne, il s’agissait pour moi de mettre en miroir un ballet de femmes (Annonciation) et un ballet d’hommes (MC 14/22). Avec ce ballet, je me suis demandé ce qu’était le corps d’un homme. En effet, aujourd’hui, dans nos univers virtuels, nous avons tendance à vivre nos émotions à travers les images et plus à travers nos corps physiques, nos corps véritables. Les corps sont désincarnés. Or, la danse, selon moi, est par essence le lieu de cette réincarnation puisqu’elle n’est que corps, que corporalité. S’il y a bien une discipline, un art où le corps peut s’incarner, c’est bien dans la danse. C’est cela que j’ai voulu questionner dans MC 14/22.

Son titre, MC 14/22, est quelque peu sibyllin. Pourriez-vous nous l’expliquer ?
Le titre fait référence au chapitre 14, verset 22 de L’Évangile selon Saint Marc (MC) où il est question de la transsubstantiation liée au Corps du Christ, d’où le sous-titre de la pièce : Ceci est mon corps.
Avec cette pièce, j’ai voulu chorégraphier un rituel imaginaire d’une congrégation de 12 hommes qui se poseraient la question du corps, de leur corps, qui l’interrogent. En vous disant cela, je pense à l’expression « Pince-moi ! Je rêve. ». Comme si pour sentir que nous existons, que nous ne rêvons pas, il fallait avoir mal dans son corps (être pincé), souffrir dans son corps. Nous vérifions notre existence parce que nous souffrons, parce que nous ressentons de la souffrance.

Avec MC 14/22, Suivront mille Ans de calme et Annonciation, il est clair que les écrits bibliques, les figures chrétiennes et sa liturgie vous inspirent. Pourquoi sont-elles si prégnantes dans votre univers et que recherchez-vous en elles ?
Je ne sais pas si elles sont si prégnantes que cela mais un Dieu qui désire s’incarner dans un homme – ce que racontent les évangiles –, d’un point de vue théologique, je trouve cela étonnant et questionnant. Pour l’Église catholique, le corps a longtemps été un objet de péché – et il l’est encore – donc comment son Dieu pourrait s’incarner en un corps mortel ? Sûrement, à condition que ce corps soit dépourvu de sexualité. On peut se demander aussi comment la danse, qui est avant tout corporalité, peut représenter des événements chrétiens, bibliques où le corps est vu comme tabou. Cela paraît totalement contradictoire. Les peintures religieuses chrétiennes me fascinent. Lorsque j’ai créé Annonciation, sur le thème de l’Annonciation faite à Marie, je me disais que si je prenais toutes les toiles peintes sur ce thème, au cours des XXe siècles d’art occidental, j’aurais de quoi faire un ballet très riche, très subtil tellement la Vierge est représentée dans des postures différentes (et pourtant, il s’agit toujours de l’Annonciation qui lui est faite par Gabriel) : ravie, effrayée, interrogatrice, en colère…

Quels sont vos projets ?
Actuellement, je travaille sur la notion de gravité mais je ne peux rien dévoiler à ce stade…

Propos recueillis par Carole Teulet

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