Liens d'évitement



29 mars 2016
LES NOCES DE FIGARO


Entretien
Marco Arturo Marelli, mise en scène

Comment avez-vous abordé cette mise en scène ?
Des images, des références ont-elles présidé à vos choix ?

Il y a sûrement différentes manières d’aborder une pièce ; quant à moi, je distinguerais dans un premier temps une approche émotionnelle et une approche intellectuelle. Dans cet opéra parfait, les deux se tiennent de manière parfaitement équilibrée. L’ouverture bouillonne avec violence, j’y entends beaucoup d’éléments de combat, sans arrêt on rencontre des déplacements de proportions et des heurts de forces très différentes. Cette lutte m’a inspiré et j’ai essayé de la saisir dans une image, en tant que combat d’un ordre nouveau contre l’ancien. Dans la mythologie, ce thème est représenté entre autres par le combat des Dieux contre les Géants. Au Prado, à Madrid, j’ai vu La Chute des Géants de Francisco Bayeu, gendre de Goya. Cette oeuvre m’a fasciné et m’a immédiatement fait penser aux Noces de Figaro. Je trouvais intéressant que dans ce tumulte, la seule figure qui se tient debout soit un homme libre et fier, dont l’attitude m’a immédiatement fait penser à Figaro – et qui d’ailleurs porte le bonnet rouge de la révolution.
J’ai complété ce tableau par une esquisse pour une fresque d’un plafond du peintre autrichien Daniel Gran, de l’époque mozartienne. J’y apprécie particulièrement la figure de Chronos, le Dieu du Temps, dont la faux ne symbolise pas seulement le caractère éphémère de la vie, mais aussi la Révolution française.
Pour le plan au sol du décor, j’ai choisi une pièce ronde. Les proportions fixes y apparaissent beaucoup plus dissoutes que dans une pièce rectangulaire. Les distances sont plus difficiles à évaluer et les positions exactes des personnages sont tout le temps remises en question ; on pourrait dire que les personnages nagent dans un espace sans appui stable, ce qui correspond au contenu de l’opéra. Par de simples déplacements dans cet espace, on a ensuite développé les différentes situations et scènes.

Quelles sont pour vous les différences majeures entre l’oeuvre de Beaumarchais et celle de Lorenzo da Ponte et Mozart ?
Personne avant Beaumarchais n’avait critiqué de façon aussi virulente les privilèges de la naissance, la toute-puissance décrétée d’une noblesse qui n’avait dû que se donner la peine de naître. Une puissante raillerie est également dirigée contre le clergé, les institutions cléricales et les fondements étatiques de l’époque féodale. Tout cela a fait que l’oeuvre était interdite en Autriche. Afin de pouvoir tout simplement représenter la pièce, da Ponte a dû diminuer la force explosive politique. Mais en collaboration avec Mozart, la force explosive érotique de la pièce a été augmentée et c’est ce qui rend l’oeuvre encore plus intemporelle que la « Folle journée » de Beaumarchais. La révolution de Mozart va plus loin : pour lui il ne s’agit pas seulement de l’égalité hommes femmes dans la société ou de l’abolition des différences entre les classes sociales, mais de la libre autodétermination de l’être humain en soi et c’est ce qui rend son oeuvre impérissable.

L’acte final est réputé pour sa difficulté – toute l’action y est extrêmement complexe, faite de quiproquos…
Pour le dernier acte, j’ai choisi comme base la forme d’un labyrinthe. Les pièces et les murs du château sont détruits et la nature fait irruption dans l’oeuvre. Une nuit dans un dédale, dans un entrelacs de haies taillées où les personnages peuvent se perdre complètement, se cacher et se retrouver avec soulagement. En outre, j’ai essayé de mettre en scène cet acte de façon aussi logique que possible, d’observer avec précision quand la Comtesse se change en Suzanne et que Suzanne chante son air des roses encore dans ses propres vêtements.

On souligne fréquemment le caractère très humain, vivant et réaliste des personnages de Mozart. Personne n’y est ni tout blanc ni tout noir…
Dans Les Noces de Figaro, il n’y a pas de personnage principal, puisque l’un dépend de l’autre. Certes, Figaro est le personnage titre, mais musicalement, le personnage principal est clairement Suzanne. Dans les ensembles aussi, c’est elle qui tient les fils en main. Le fait que dans certains ensembles la Comtesse soit musicalement subordonnée à Suzanne peut être lu au sens figuré aussi. L’idée de Mozart pour cette pièce est de dire que tous ont la même valeur et importance, c’est son idéal pour la communauté humaine. Jeune metteur en scène, je me sentais sans doute plus proche des personnages de Chérubin, de Suzanne et de Figaro, mais avec l’âge, l’histoire du mariage entre la Comtesse et le Comte a gagné en importance pour moi.

Propos recueillis par Jean-Jacques Groleau, février 2016

Informations

En raison du Marathon de Toulouse, ce dimanche 22 octobre, nous tenons à vous informer que l’accès au centre-ville et à la place du Capitole sera réduit.
> Plus d’informations.