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26 mai 2016
FAUST


Entretien
Nicolas Joel, mise en scène

Depuis sa création, le Faust de Charles Gounod est l’un des piliers inébranlables du répertoire des théâtres lyriques français. Pourquoi ?
En se saisissant de ce thème, Gounod s’est emparé d’un sujet qui parle instantanément aux Européens. Il touche plus particulièrement et très profondément la psyché française avec une musique littéralement à fleur de peau. Il faut souligner que Claude Debussy était un grand admirateur de ce compositeur. Le nombre d’adaptations du mythe faustien dit à lui seul l’importance de ce personnage dans notre culture.

Faust est-il l’ouvrage emblématique de ce compositeur ? Absolument et ce malgré toute l’affection que j’ai pour Mireille. Avec Faust nous avons l’adéquation parfaite, autant musicale que vocale, au récit qui est illustré.

Pour passer Faust de l’Opéra-Comique au Palais Garnier, Charles Gounod a dû se résoudre à composer un long ballet, séquence indispensable pour être joué dans ce théâtre, séquence qui permettait aux membres du Jockey Club de rencontrer dans le Foyer de la danse leurs ballerines préférées… Cette fameuse Nuit des Walpurgis n’est pas incluse dans votre production.
Toulouse et Faust sont pour moi étroitement liés car j’ai monté mon premier Faust à la Halle aux Grains en 1983. Mais le fait que j’ai pris la décision de la supprimer de cette production n’est pas corrélatif au souvenir de la passion décadente des membres de ce Club prestigieux. Plus sérieusement, je trouve que cette Nuit des Walpurgis est d’un académisme terriblement pesant et, d’autre part, elle retarde dramatiquement le dénouement. L’accélération de l’action dans la seconde partie de cet opéra ne peut supporter un pareil « entracte ».

Quelles sont les lignes de force de la production non plus de la Halle aux grains mais du Théâtre du Capitole que nous allons revoir pour la première fois depuis sa création in loco le 19 juin 2009 ?
Pour moi il s’agit avant tout de raconter la tragédie que vit Marguerite. Tout se concentre sur cette figure. Elle est victime d’un complot et ce serait une erreur de voir en elle une victime sociologique ou historique dans cette affaire. La chose est plus simple. Ce complot est ourdi par Méphisto bien sûr.

Est-ce un ouvrage difficile à mettre en scène ?
Non car sa construction est extrêmement solide. Le livret suit très fidèlement l’original de Goethe, contrairement à ce que j’entends dire trop souvent. D’ailleurs en Allemagne on parle plus volontiers de la « Tragédie de Marguerite » que de « Faust ».

Votre répertoire est d’un étonnant éclectisme. Malgré tout, quelles sont les oeuvres auxquelles vous êtes le plus attaché ?
Quelle question difficile ! J’aurais bien de la peine à vous répondre car ce que j’aime avant toute chose, c’est l’opéra en tant que genre. Cela dit, si vous insistez, je vous répondrais que c’est Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi. Vous pouvez en déduire la suite…

Vous rentrez à peine de Tokyo où vous venez de mettre en scène Werther, après La Force du Destin et Roméo et Juliette. Comment travaille-t-on dans un pays en apparence aussi éloigné de notre culture ?
D’un point de vue organisationnel et logistique, ils touchent à la perfection car ils sont très bien structurés. D’autre part, ils connaissent et aiment énormément l’art lyrique occidental qu’ils présentent admirablement depuis plusieurs décennies. Nos vedettes d’ici sont d’immenses stars au Pays du Soleil Levant. Pour résumer, on y travaille remarquablement bien.


Propos recueillis par Robert Pénavayre, février 2016
(retrouvez l’intégralité de ces entretiens dans le programme de salle)

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00