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26 septembre 2014
Entretien avec Kader Belarbi


Les Mirages - Les Forains
Du 22 au 26 octobre au Théâtre du Capitole



Vous avez décidé d’ouvrir la saison chorégraphique 2014 – 2015 avec deux pièces de deux chorégraphes majeurs du XXe siècle, Serge Lifar et Roland Petit. Pourquoi le choix de ces deux ballets Les Mirages et Les Forains ?

Nous sommes bientôt à la troisième saison que je mets en place et je poursuis mon objectif de doter le Ballet du Capitole d’un répertoire fait d’une diversité de styles et d’esthétiques. Je suis heureux et fier d’inscrire au répertoire du Ballet du Capitole des personnalités incontournables de l’histoire de la danse comme Serge Lifar et Roland Petit. La saison dernière, nous avons intégré des ouvrages de Rudolf Noureev et de Maguy Marin.
Au fur et à mesure, le Ballet du Capitole inscrit sa propre histoire de danse avec des danseurs qui s’enrichissent et je joue de tout cela pour l’offrir au public. Comme pour Stravinski et la danse, programme qui a débuté mon directorat au Ballet du Capitole, j’aime l’idée de programmer une soirée de ballets autour d’un seul grand compositeur. Henri Sauguet a composé une musique lyrique et raffinée pour ces deux grands chorégraphes que sont Serge Lifar et Roland Petit. Personnellement, j’ai eu la chance de croiser Henri Sauguet et Serge Lifar lors de la reprise des Mirages à l’Opéra de Paris, en 1986, alors que je faisais ma prise de rôle du Jeune Homme avec Noëlla Pontois dans le rôle de l’Ombre. Par la suite, je l’ai dansé à de nombreuses reprises avec d’autres partenaires ainsi que deux autres ballets de Lifar, Roméo et Juliette et Suite en blanc. En ce qui concerne Roland Petit, j’ai eu la chance d’être choisi par lui pour l’entrée au répertoire du Jeune Homme et la Mort à l’Opéra de Paris, en 1990, et de danser au moins une huitaine de ses illustres ballets. Ma rencontre avec les ballets et le style de ces deux chorégraphes me permet aujourd’hui de transmettre ce que je sais aux danseurs du Ballet du Capitole. Philippe Béran, chef d’orchestre de l’Orchestre de la Suisse romande, dirige cette soirée de ballets avec l’Orchestre national du Capitole.
Il y a bien entendu un style Lifar comme il y a un style Petit, à l’exemple de tous les chorégraphes dotés d’une forte personnalité.
Serge Lifar est une figure des Ballets russes. Héritier de l’école russe, il a su donner un nouvel élan au ballet néoclassique narratif. Son style se révèle à travers la codification de la sixième et de la septième positions, l’arabesque droite à celle oblique, le décalé, le déhanché, les bras arrondis, le relâché de certaines poses… Le temps estompe son influence mais Serge Lifar fait partie du patrimoine et de la culture des danseurs français. Les Mirages raconte l’histoire d’un jeune homme qui pénètre dans la demeure de la Reine de la Nuit. Son ombre le suit. Il croise une chimère, des marchands qui le trompent et il tombe sous le charme d’une belle femme. Tous lui échappent sauf son ombre qu’il finit par reconnaître enfin dans sa solitude. Présageant de la qualité narrative de ses chorégraphies aux atmosphères et personnages colorés, Les Forains a été créé au début de la carrière de Roland Petit, en 1945, sur un livret de Boris Kochno et a été exécuté en 13 jours. Roland Petit est à la croisée des chemins de l’école française et de tout l’héritage des Ballets russes. Il a créé et agi comme un catalyseur à travers ses nombreuses collaborations. De par son effervescence artistique et sa signature chorégraphique, il s’inscrit dans l’histoire du ballet français. Ses chorégraphies puisent souvent dans les références littéraires. De nombreuses générations de danseurs ont habité ses ballets mythiques des Forains à Carmen ou à Notre- Dame de Paris. Usant du langage classique, il est un maître des adages. Avec un grand sens du spectacle, il a su donner vie à des personnages d’une telle force que les danseurs rêvent de les incarner. L’histoire du ballet Les Forains est simple. Un groupe de forains tirant une charrette s’arrête sur une place et dresse leur baraque. L’on assiste d’abord à une répétition puis à la représentation : des sœurs siamoises, un clown, une belle endormie, un prestidigitateur… Le moment de la quête venue, la sébile reste vide et les forains repartent vers l’inconnu.

Que peuvent apporter ces pièces aux danseurs du Ballet du Capitole et au public ?

Ces deux ballets correspondent à ce qu’on appelle en danse, l’école et le style français d’une époque et pour moi, il est important de perpétuer une certaine tradition. Je ne sais que trop l’importance de la présence de ceux qui ont dansé les ballets et qui ont une légitimité à transmettre leur vécu et leur savoir. J’ai fait appel à Monique Loudières pour remonter le ballet Les Mirages et à Claude Bessy, qui porte un regard de fidélité à Serge Lifar sur l’ensemble de sa production. Il en est de même pour Les Forains avec Luigi Bonino et Jan Broecks, deux anges gardiens des ballets de Roland Petit. Je peux annoncer que le Ballet du Capitole a reçu l’autorisation de la Fondation Serge Lifar afin de pouvoir tourner Les Mirages à l’extérieur de Toulouse, ce qui est, à ce jour, inédit. Je suis heureux que les danseurs du Ballet du Capitole s’emparent d’une nouvelle histoire de danse.

La saison 14-15 marque déjà vote troisième saison à la tête du Ballet du Capitole. Quel premier bilan feriez-vous de ces deux premières saisons ?

En tant que directeur de la danse, je tiens à dire le plaisir de percevoir déjà les changements qui s’opèrent chez les danseurs comme, par exemple, leur faculté à s’adapter aux diverses rencontres de chorégraphes et de styles. La rigueur technique et la qualité d’exécution de l’ensemble de la compagnie évoluent avec une maîtrise croissante, ce qui forge au fur et à mesure leur excellence et leur polyvalence, et j’en suis fier ! Ce que les danseurs façonnent aujourd’hui sera la promesse de demain pour ouvrir de nouvelles perspectives. Je me rends compte que le public rajeunit et se diversifie. Le répertoire s’étoffe de saison en saison. Les tournées sont de retour. La Ville de Toulouse manifeste sa bienveillance à la mise en oeuvre d’un nouvel élan pour le Ballet du Capitole. Tout cela renforce mon ambition à affirmer la tradition et la modernité de la compagnie et à construire une identité rayonnante du Ballet du Capitole.

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00