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3 avril 2015
Les Fiançailles au couvent

Du 15 au 24 mai au Théâtre du Capitole



Tugan Sokhiev, direction musicale

Qu’est-ce qui selon vous différencie le plus la musique russe romantique (Tchaïkovski, Rachmaninov, Moussorgski), de celle du XXe siècle, en particulier celle de Stravinski, Chostakovitch, Prokofiev ?

Sergueï Prokofiev est un compositeur essentiel du XXe siècle, en particulier pour le genre lyrique car il a véritablement cherché à développer un style caractéristique. Lorsqu’il compose Les Fiançailles au couvent, en 1940, les opéras russes ont souvent pour thème le développement social ; cela est vrai en musique mais également dans tous les arts. Les Fiançailles au couvent est selon moi un opéra néo-classique qui reflète les évolutions sociales qui se produisent alors. Prokofiev n’est toutefois pas resté confiné en URSS : il a entretenu de nombreuses relations avec les artistes européens.

Quel rapport entretenez-vous avec l’oeuvre de Prokofiev ? Quelle est la particularité de son orchestre ?

Je dirige très régulièrement des œuvres de Prokofiev, en particulier ses symphonies. C’est un des compositeurs russes les plus fascinants du XXe siècle car il développe un langage tout à fait particulier, une grammaire rythmique et harmonique qui lui est très personnelle. Tous ses opéras ont leurs propres caractéristiques : Guerre et Paix est un opéra épique et dramatique, alors que L’Amour des trois oranges et Les Fiançailles au couvent sont des œuvres beaucoup plus drôles et caustiques. Prokofiev est un compositeur prolifique qui développe une très large palette musicale, ce qui rend son oeuvre tout à fait passionnante à diriger. On reconnaît très facilement l’orchestre de Prokofiev, qui est très riche, fait usage de coloris variés permettant à son orchestre de caractériser chacun des personnages.

Pensez-vous que dans Les Fiançailles au couvent, le chant soit moins prépondérant que le théâtre, que les stéréotypes vocaux de l’opéra soient laissés de côté ?

Dans Les Fiançailles au couvent, opéra qui est avant tout comique, le lyrisme est bien entendu très présent, mais ce n’est pas l’élément prépondérant. Prokofiev joue avec les situations, les sentiments des personnages et cette oeuvre est de ce point de vue comparable aux comédies de Molière. Les deux jeunes couples que sont Ferdinand, amoureux de Clara, et Antonio, amoureux de Louisa, ont bien sûr quelques scènes romantiques, très lyriques, à chanter. Pour ce qui est de l’importance que revêt le lyrisme dans cet opéra, je dirais que Les Fiançailles au couvent se situe entre L’Amour des trois oranges, qui n’en contient que très peu, et Guerre et Paix, qui a un réel souffle épique.

Prokofiev représente-t-il pour vous l’avant-garde soviétique ? Pensez-vous que sa musique soit purement soviétique, conforme à ce qu’en attendait le régime stalinien, ou a-t-elle incarné une certaine forme de critique ?

Prokofiev a certes écrit sous le régime soviétique de Staline mais il n’est définitivement pas un compositeur soviétique asservi à la censure. C’est aussi ce qui explique sa renommée internationale, en dehors des frontières de l’URSS. Son langage musical est celui de l’avant-garde, il écrit une musique moderne. Tous les compositeurs soviétiques qui écrivaient une musique destinée à plaire uniquement au régime sont d’ailleurs aujourd’hui tombés dans l’oubli. Ce qui fait le génie de Prokofiev, c’est qu’il écrit une musique qui touche tous les publics. Dans Les Fiançailles au couvent, Prokofiev est avant tout intéressé par une situation théâtrale : au sein d’une famille noble, un père veut marier sa fille à un très riche marchand de poissons. Des intrigues se nouent et se dénouent entre des personnages ayant des conditions sociales différentes. Et de ce point de vue, cet opéra est critique envers certains comportements sociaux.


Propos recueillis par Sofiane Boussahel

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