Liens d'évitement



12 février 2015
Castor et Pollux


Du 24 mars au 2 avril au Théâtre du Capitole

Pour les 250 ans de la mort du compositeur dijonnais, le Theâtre du Capitole présente l’un de ses plus absolus chefs-d’œuvre : Castor et Pollux. Rameau a attendu d’avoir 51 ans pour composer son premier « opéra », Hippolyte et Aricie. Difficile pour ses contemporains d’imaginer que le génial théoricien de la musique allait devenir sur le tard un infatigable pourvoyeur de tragédies lyriques – révolutionnant le genre et lui donnant coup sur coup plusieurs chefs-d’œuvre. Avec Castor et Pollux, et plus précisément dans la deuxième version de l’oeuvre qui est celle que nous vous présentons, Rameau revisite la structure même du drame lyrique, ressérant l’action, concentrant comme jamais avant lui la musique sur l’essentiel : l’humain, ses aspirations, ses doutes, ses échecs – et sa grandeur.

Le sujet
Pollux, roi de Sparte, doit épouser Télaïre. Mais cette dernière aime Castor, le demi-frère du roi, et est aimée de lui en retour. Magnanime, Pollux renonce à elle mais Castor est mortellement blessé dans un combat. Loin de profiter de la situation, Pollux ira chercher Castor au fond des Enfers pour le ramener sur Terre, quitte à devoir prendre sa place au royaume des morts. Castor acceptera-t-il ce sacrifice ?


Entretien avec Christophe Rousset, direction musicale

Vous qui êtes un grand spécialiste de Rameau, comment qualifieriez-vous Castor et Pollux ?
C’est le chef-d’œuvre de Rameau. C’est l’opéra le plus repris même après la mort du compositeur. Il a été remanié en 1754 puis lors d’une des dernières reprises parisiennes, il a finalement été acclamé par le public qui n’avait pourtant jamais accueilli les merveilles de Rameau à leur juste mérite. Qu’on ait justement choisi le choeur « Que tout gémisse » pour les funérailles du compositeur a valeur de symbole.

Quelle est la spécificité de cet opéra dans le corpus ramiste ?
Son œuvre à la fois la plus tendre et intimiste, et en même temps la plus spectaculaire.

Et sa spécificité par rapport à l’héritage de la tragédie lyrique de Lully ?
Elle reste comme toutes les tragédies du maître conforme au modèle lulliste. Même structure – encore qu’il supprime le prologue dans la version 1754 –, même attention à la déclamation du texte, les airs sont traités pratiquement comme de grands récits accompagnés, les danses toujours reconnaissables et conformes à la plus pure tradition française (Menuets, Gavottes, Chaconnes, Gigues, Tambourins etc.). Il ne se permettra que l’air de l’Athlète dans un style résolument italien et des chœurs avec solistes concertants – l’une des grandes spécialités de Rameau.

Musicalement, qu’apporte la 2e version de l’œuvre ?
Elle raconte en fait une autre histoire qui isole davantage Phébé. Elle met en scène la mort de Castor, elle supprime le prologue évitant toute place à une mythologie inutile.

L’orchestre est-il clairement indiqué par Rameau ?
Oui, tout est magistralement orchestré et laisse moins de place à l’interprète que Lully. Et je dois dire que la taille du Théâtre du Capitole est parfaite pour ce genre d’ouvrages : aucun besoin de redoubler les effectifs comme dans certaines salles, plus grandes.

Que diriez-vous à ceux que la musique dite « baroque » effraie encore pour les convaincre de venir voir Castor et Pollux ?
Castor nous donne à entendre une musique éblouissante qui, plus que celle de ses contemporains, est en constante recherche expérimentale. Qui ne connaît pas Rameau doit écouter la chaconne de Castor pour être convaincu à vie. La palette émotionnelle est large, et pour qui veut étudier de près la partition, il y trouvera la complexité et la sophistication des plus grands ouvrages choraux de Bach. Par ailleurs la danse a de tous temps été une spécificité française. Dans Castor, les mouvements chorégraphiques sont confondants et donnent envie de bouger. Et cette force rythmique reste omniprésente, en particulier dans les chœurs des enfers qui offrent des polyrythmies étourdissantes.


Propos recueillis par Jean-Jacques Groleau



Photo Christophe Rousset © Éric Larrayadieu

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00