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24 décembre 2013
Portraits de Kate Aldrich et Ludovic Tézier

La Favorite, opéra de Gaetano Donizetti.
Du 6 au 19 février 2014 au Théâtre du Capitole.


Kate Aldrich (rôle de Léonor de Guzman)


La mezzo-soprano américaine Kate Aldrich fait partie de ces artistes qui aiment les défis. Refusant de se laisser cantonner à un seul type de répertoire, à une seule époque ou un seul style musical, elle a réussi en moins de quinze années de carrière à faire siens les univers aussi différents que Rosina du Barbier de Séville de Rossini et Oktavian du Chevalier à la Rose de Richard Strauss, le bel canto d’Adalgisa (Norma de Bellini) ou Elisabetta (Maria Stuarda de Donizetti) et le post-romantisme de Charlotte (Werther de Massenet), osant même le grand écart entre la vocalité de Monteverdi (Néron dans Le Couronnement de Poppée) et la vocalité wagnérienne (Adriano de Rienzi).
Une si grande variété de rôles peut surprendre de la part d’une jeune artiste qui ne fit ses véritables débuts sur scène qu’à la fin des années 1990. C’est pourtant bien une véritable marque de fabrique, si l’on peut s’exprimer ainsi, chez cette artiste : d’emblée, sitôt la reconnaissance européenne venue avec sa Preziosilla de La Force du Destin aux Arènes de Vérone (2000), elle enchaîne prise de rôle sur prise de rôle, au lieu de se contenter, comme tant de ses collègues, de s’imposer dans deux ou trois rôles phares en guise de carte de visite sur les principales scènes du Vieux Continent. Sa carte de visite, ce sera au contraire cette totale versatilité, cette adaptabilité. Qu’on imagine seulement la masse de travail pour une jeune artiste qui enchaîne ainsi Preziosilla (La Force du Destin), Amneris (Aïda), Meg Page (Falstaff), Fenena (Nabucco), Adalgisa (Norma), Maddalena (Rigoletto), Giulietta (Les Contes d’Hoffmann), Idamante (Idomeneo), Giulio Cesare, Mignon et Carmen, sans oublier la musique contemporaine, comme en témoigne la création mondiale de Nicholas and Alexandra de Deborah Dratell, en septembre 2003 – production dans laquelle elle côtoyait Plácido Domingo en Raspoutine et Mstislav Rostropovitch à la baguette.
Et comme tant de ses compatriotes, Kate Aldrich s’est fait une spécialité du répertoire français. Outre l’incontournable Carmen, qu’elle a chanté au Metropolitan de New York, à Baden-Baden, à Munich etc., les attendues Didon des Troyens (Berlioz) et Mignon d’Ambroise Thomas, ou encore Nicklausse des Contes d’Hoffmann (Offenbach), elle a aussi et principalement interprété de véritables raretés : Ascanio de Benvenuto Cellini (Berlioz), le rôle titre de Salomé de Mariotte (une découverte), Salammbo de Reyer, ou encore Le Mage de Massenet et Le Martyre de saint Sébastien de Debussy (deux incarnations que le disque a immortalisées). De ce répertoire français qu’elle affectionne, n’oublions pas non plus sa Dulcinée de Don Quichotte (Massenet). Les plus fidèles de notre maison se souviendront sans doute de la Giulietta des Contes d’Hoffmann qu’elle incarnait ici même en 2008. C’est d’ailleurs au Théâtre du Capitole qu’elle offrira sa première Léonore française, nouvelle pépite à cet ensemble déjà si riche.



Ludovic Tézier (rôle de Alphonse XI, roi de Castille)


Quand on fait des études d’Économie et que l’on aime déjà l’opéra, il peut être téméraire d’aller manger son sandwich de midi dans la même cafétéria que celle des étudiants du Cnipal (Centre national d’insertion professionnelle des artistes lyriques). Adieu donc théories keynésienne et malthusienne, le jeune Ludovic plonge à corps perdu dans sa passion : le chant. De belles rencontres (Michel Sénéchal) en travail obstiné, un instrument se construit. Celui qui se rêvait ténor se révèle un somptueux baryton dans la lignée des Jean Borthayre et Ernest Blanc. Si Lyon et Jean-Pierre Brossmann le prennent en troupe pendant trois ans, Toulouse et Nicolas Joel vont en faire leur premier baryton invité. Nous sommes en 1998, Ludovic Tézier a 30 ans et chante Schaunard pour ses débuts au Théâtre du Capitole. Suivront, à un rythme quasiment annuel : Zurga, Hamlet, Wolfram, Raimbaud, Don Giovanni, Ford, Onéguine, Almaviva, Posa. Mandryka et Jokanaan auraient dû se glisser dans cette liste déjà impressionnante, mais Ludovic recule et cède à la raison. Trop dangereux à ces moments-là. Pour ce passionné d’échecs, se faire infliger un mat n’était pas une option envisageable. Nostalgique des troupes, aujourd’hui disparues en France et dans lesquelles, entre Lucerne et Lyon, il a appris tout le métier, le plus grand baryton français de sa génération mène une carrière de bon père de famille (il a trois enfants), évitant soigneusement les sunlights éphémères comme les chausse-trapes d’un art dont il a fait de la prosodie la vertu cardinale.

Informations

En raison du Marathon de Toulouse, ce dimanche 22 octobre, nous tenons à vous informer que l’accès au centre-ville et à la place du Capitole sera réduit.
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