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30 octobre 2013
Orlando



Orlando, postérités d’un mythe

L’Arioste pouvait-il imaginer que son Roland Furieux (1615) aurait une postérité digne des épopées d’Homère et des épisodes bibliques ? Durant trois siècles, les divers épisodes de son oeuvre vont innerver poètes, dramaturges, romanciers (et ce, jusqu’à Robbe-Grillet et son Angélique ou l’Enchantement en 1988), peintres, graveurs, lissiers, céramistes même – et musiciens au premiers chef. Lully, pour l’une de ses dernière tragédies lyriques, y puise la matière de son Roland (1685) dont la réussite sera à la fois un modèle pour les générations futures, mais aussi une ombre hors de laquelle il sera difficile de se faire reconnaître. Vivaldi devra s’y reprendre à deux fois : après l’échec cuisant de son Orlando finto pazzo (1714), il dut attendre 1727 pour trouver les faveurs du public avec un opéra basé sur la même histoire romanesque. Quand Haendel entreprend pour le King’s Theatre de Londres la composition de son propre Orlando (1733), il est en train de franchir une nouvelle étape dans sa carrière : après s’être installé à Londres en 1712, ville où l’opéra n’avait pas les honneurs qui étaient les siens dans les autres cours européennes, Haendel a réussi à faire évoluer le goût de ses concitoyens d’adoption. Avec Orlando, que suivront bientôt deux autres chefs-d’oeuvre majeurs, Ariodante et Alcina (1735), le compositeur retrouve les enchantements de l’opéra « magique » qu’il affectionnait à ses débuts outre-Manche (Rinaldo en 1711 et Amadis surtout, 1715). Ces ouvrages étaient un peu l’équivalent du cinéma à grand spectacle de notre époque : beaucoup de décors, d’effets de machinerie, du merveilleux, des transformation, des interventions divines… Tout devait surprendre le spectateur, l’entraîner dans un véritable enchantement sonore et visuel. Le sujet s’y prêtait : Angelica, reine de Cathay, et Medoro, charmant prince africain, s’aiment, mais l’un et l’autre sont également aimés par des tiers : Angelica par Orlando, et Medoro par la bergère Dorinda. Le magicien Zoroastre veille à la morale, incitant son héros à préférer le devoir aux plaisirs. Il devra déchainer les éléments, faire descendre du ciel des potions, faire apparaître des Génies…
Mais derrière toute cette ingénierie scénique, derrière le conte fantastique propre à faire rêver les mélomanes, Haendel crée une oeuvre visionnaire. Les anti-héros n’étaient pas chose courante à l’époque, et il fallait de l’audace pour oser ainsi traiter Orlando sans davantage de compassion. Car loin de gommer les faiblesses du personnage, Haendel les caractérise au contraire, les fait éclater au grand jour. Jouet de ses sentiments, jouet du magicien, il lui faudra ces trois actes d’épreuves et de folie (cette dernière composant une scène remarquable, l’un des sommets d’inspiration de tout l’oeuvre haendélien) pour trouver enfin la voie de la raison.
Malgré l’engouement du dernier demi-siècle pour ce répertoire, on le voit, monter de tels ouvrages représente un défi permanent. Défi musical tout d’abord, tant les vocalités et les instruments de l’époque, demandent un véritable travail de reconstitution – et l’on sait que les musiciens et les musicologues ne sont pas toujours tous d’accord sur le sujet. Mais défi scénique aussi, car comment rendre justice à ces spectacles grandioses dont une grande part de la magie résidait dans des effets de machinerie difficilement reproductibles aujourd’hui. Avec Jean-Christophe Spinosi à la direction musicale et Eric Vigner, qui signe la mise en scène, les décors et les costumes, le Théâtre du Capitole continue son exploration des grands opéras de Haendel, après le mémorable Belshazzar de 2011.

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00