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26 février 2014
Entretien avec Kader Belarbi


à propos de Pâques russes


Pour cette avant-dernière série de ballets, Kader Belarbi, le directeur de la danse du Ballet du Capitole, revient à un programme classique, hommage à l’école russe. Avec Chopiniana, Le Fils prodigue et le Grand Pas de Paquita, il assied le Ballet dans un répertoire incontournable pour tout danseur classique. Romantisme, expressionnisme et virtuosité, voici quels seront les trois maîtres-mots de cette soirée.



Avec Pâques russes, vous revenez à un programme très classique. Pourquoi avoir voulu consacrer une soirée chorégraphique aux maîtres russes du ballet que sont Fokine, Balanchine et Vinogradov ?

Plus amont dans la saison, nous avons eu un programme Rudolf Noureev qui participait, bien entendu, de cette tradition de la danse russe ; j’ai trouvé intéressant de pouvoir prolonger ce regard avec Pâques russes. Il ne faut pas oublier que ce sont grâce aux Ballets russes de Diaghilev et au travail de conservation et de préservation fait par l’école russe, que la danse française et européenne a connu un second souffle, au tout début du XXème siècle.
Avec Chopiniana, le chorégraphe Mikhaïl Fokine a voulu rendre le style et l’atmosphère du ballet romantique français, tel qu’il est né à Paris, dans les années 1830. D’après les gravures des grandes ballerines romantiques (Taglioni, Grisi, Cerrito…) et sur la musique lyrique de Chopin, Fokine a réglé, non pas une succession de pas à grands effets, mais un hommage à la plus pure poésie du geste romantique.
George Balanchine est considéré comme un chorégraphe américain, car il a fondé l’école américaine de ballet, mais au départ, il est russe et a suivi toute sa formation à l’école du Maryinski de Saint-Pétersbourg. Son Fils prodigue, le dernier ballet qu’il a créé pour les Ballets russes en 1929, est un modèle de ballet narratif expressionniste, qui constitue d’ailleurs les prémices du ballet narratif à la française, dans le style d’un Roland Petit, par exemple.
Le Grand Pas de Paquita témoigne, quant à lui, de l’apogée du grand ballet académique pétersbourgeois, édifié par le Français Marius Petipa. Donc, en rendant hommage au ballet russe, c’est à la tradition et à l’héritage français que l’on rend aussi hommage. En 1978, Oleg Vinogradov, alors à la tête du Ballet du Kirov, réunit le Pas de trois et le Grand Pas de Paquita pour composer un divertissement aux morceaux de bravoure exploitant les possibilités virtuoses de la danse académique.
La vraie tradition du ballet passe d’abord par l’oralité, c’est ce que j’ai souhaité poursuivre pour Pâques russes, avec la présence de grands noms de la danse pour la transmission de chacun des ballets. La grande ballerine russe Irina Kolpakova et son assistant Eldar Aliev seront présents pour remonter Chopiniana, Paul Boos du Balanchine Trust transmettra Le Fils prodigue et Oleg Vinogradov et son assistante, Natalia Bashkirtseva, régleront le Grand Pas de Paquita. Ainsi, les danseurs du Capitole auront la chance immense de pouvoir apprendre aux sources mêmes d’une tradition vivante et de ciseler leur interprétation afin de respecter l’esprit et la lettre de chacun des ballets.

Pourquoi, parmi les ballets composés par Balanchine pour les Ballets russes, avoir choisi Le Fils prodigue ?

Le Fils prodigue est le dernier ballet produit par Serge Diaghilev, avant sa mort, pour les Ballets russes. Son chorégraphe, George Balanchine, disait qu’il avait conçu son ballet comme une version russe de la parabole biblique du Fils prodigue. Le ballet est chargé de symboles des légendes russes et juives. Les toiles crayeuses de Georges Rouault aux figures cernées de noir ne font qu’accentuer la veine expressionniste et contrastent bien avec Chopiniana, le ballet blanc romantique et spectral, et le brillant divertissement final de Paquita. Cela permet une scansion visuelle dans le déroulement du programme.

Pour clore ce programme, vous avez souhaité programmer le Grand Pas de Paquita dans la version d’Oleg Vinogradov. Pourquoi cette version et pas une autre ?

J’ai connu cette version lorsque j’étais jeune danseur à l’Opéra de Paris. Oleg Vinogradov y a ajouté le Pas de trois pour deux danseuses et un danseur. Au-delà des multiples variations des filles et du pas de deux des solistes principaux, cette version permet de distribuer un grand nombre de danseurs, ce qui est toujours satisfaisant pour les danseurs et le directeur de la danse.



Propos recueillis par Carole Teulet

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