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4 février 2013
L’Enfant et les Sortilèges, Maurice Ravel


Entretien avec Gérand Duran, ancien directeur du Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse

Un rapprochement entre le CRR et les acteurs de la scène artistique toulousaine a toujours été pour moi une préoccupation. La paternité du projet, comme le choix de l’oeuvre, reviennent à Frédéric Chambert.

Une telle proposition m’a tout de suite semblé excellente car elle permet de réunir un nombre important de jeunes artistes sur le plateau. La quasi-totalité des artistes qui seront sur scène et dans la fosse sont au Conservatoire aujourd’hui, qu’il s’agisse de l’Orchestre, du Chœur, de la Maîtrise ou de la distribution de solistes.

Le Théâtre du Capitole s’est engagé à jouer une carte qui n’est pas très souvent jouée en France, celle d’accompagner de jeunes talents dans les premiers pas de leur vie professionnelle. Le CRR y voit un intérêt dans le sens où il gagne à être reconnu comme une pépinière d’artistes.

Ce projet nous conforte dans l’idée que nous devons inviter nos étudiants à considérer que la musique et le chant sont des arts qui se pratiquent pour être transmis au public. Le Théâtre du Capitole leur offre un lien entre la pédagogie et la diffusion au sein d’une dynamique professionnelle, avec un metteur en scène, un chef et des techniciens et régisseurs professionnels.

Avec Jean-Philippe Lafont, nous nous sommes associés à une compétence indiscutable. C’est une personnalité qui connaît la voix, les étudiants, les attentes de la scène et du monde professionnel, un garant artistique que nous avons choisi Frédéric Chambert et moi-même.


Entretien avec Christophe Larrieu, direction musicale

Nous avons la chance de donner L’Enfant et les Sortilègesdans sa partition originale pour grand orchestre. Il y a un avantage dans le fait de travailler avec de jeunes artistes, c’est leur totale absence de préjugés et d’habitudes routinières.

Nous travaillons trois heures tous les samedis matin depuis plusieurs mois. La plupart d’entre eux ont l’habitude de jouer sur la scène de Saint-Pierre-des-Cuisines, cette fois, ils joueront dans la fosse d’un théâtre prestigieux. Ce sera un challenge important pour eux.

La partition contient de nombreux passages chambristes et, de plus, Ravel n’est pas un compositeur facile. La plupart des rôles vocaux étant très courts, cela nous permet de bien préparer les étudiants.

Puis-je ajouter que je suis particulièrement heureux d’être associé à ce projet car mes racines musicales, en termes de professeurs, me rattachent à des personnes ayant connu Ravel, Fauré et Debussy.

Entretien avec Alexandre Camerlo, metteur en scène

C’est une chance de travailler avec Jean-Philippe Lafont car il a une véritable expérience de l’art lyrique. Mon rôle en tant que metteur en scène est de fédérer les équipes, car les solistes doivent idéalement jouer les uns avec les autres et non pas l’inverse.

Je voudrais que par le travail les liens se créent tout de suite, que les chanteurs sentent qu’il est important de s’intégrer à un tout. De la même façon qu’un acteur, le chanteur doit apprendre à gérer l’ombre et la lumière, à regarder son partenaire de scène, parfois ne rien faire, l’écouter, pour que les spectateurs sachent ce qu’il faut écouter et regarder à l’instant précis où les choses se passent. Cela fait partie d’un apprentissage, celui qui forme à être « bon collègue », à écouter.

Généralement, ce que j’aime chez les chanteurs d’opéra, même jeunes, c’est qu’ils ont vraiment conscience du travail, plus que les comédiens.

Entretien avec Valérie Mazarguil, chargé de l’action éducative et culturelle au Théâtre du Capitole

Ce rapprochement entre deux institutions toulousaines offre l’immense chance à de jeunes artistes qui débutent de pouvoir porter un projet pendant toute la durée de sa conception, aux côtés de professionnels. Ils n’y sont pas que des renforts.

Tout en étant « chapeautés par Jean-Philippe Lafont, ils servent une oeuvre de répertoire, dans le cadre d’une nouvelle production – ce que je tiens à souligner – sur une scène de renommée internationale.

Ce projet va être pour eux une véritable école concernant le travail d’équipe, le respect de l’autre, la considération pour tous les métiers du théâtre lyrique (perruquiers, maquilleurs, etc.).

Servir l’image du Conservatoire et du Théâtre du Capitole exige de leur part humilité, exigence, rigueur et fierté. Ces élèves du CRR vont se transformer en passeurs du savoir auprès des enfants et des adolescents. Ils serviront d’exemple auprès de plus jeunes spectateurs, qui pourront avoir envie d’entreprendre à leur tour ce même type d’études artistiques.

Entretien avec Jean-Philippe Lafont, baryton-basse

Je trouve particulièrement intéressant pour les étudiants que ma mission pédagogique puisse aboutir à des travaux pratiques d’une telle ampleur. Tous les rôles sont importants et nous avons pris grand soin dans leur distribution.

Mettant en scène un enfant, des objets usuels, des animaux, cet ouvrage est idéal pour un tel projet pédagogique car il permet un travail d’une grande subtilité, dans lequel l’émotion est toujours présente sans que cela n’entraîne trop de développement psychologique.

Au départ, très peu connaissaient cette partition. C’est une oeuvre d’une grande rigueur rythmique, presque métronomique. Mais l’une de mes premières préoccupations a été de les faire parler sur ce texte afin qu’ils comprennent bien ce qu’ils ont à chanter. Ce qui se dit par le mot est étroitement lié à ce qui s’entend dans l’orchestre.

Je leur ai bien fait comprendre qu’on n’est pas que chanteur et qu’un chanteur chante avant tout des mots. J’ai souligné également l’importance de l’élocution et du plaisir sous-jacent que l’on doit avoir à dire le texte de Colette.

Je pense que tout le monde a bien compris l’intérêt qu’il pourrait retirer de cette expérience qui, je l’espère vivement, servira d’exemple sous d’autres cieux. Permettez-moi d’ajouter que je trouve agréable d’être dans la distribution car cela induit un brassage des générations totalement génial.

Entretien avec Frédéric Chambert, directeur artistique du Théâtre du Capitole

Depuis quatre ans j’ai engagé le Théâtre du Capitole dans une démarche volontariste d’accès à l’opéra et à la scène par la pratique.

Jusqu’à présent nous nous sommes intéressés à des enfants non musiciens, limitant au maximum l’engagement pour ces productions à des professionnels. Les trois premiers spectacles étaient à destination de jeunes issus de milieux clairement défavorisés, le but étant alors, également, de les amener vers un objectif de réussite professionnelle.

J’ai décidé cette année de passer à une autre population, celle des enfants qui font déjà de la musique. Cette fois, tout en gardant le même objectif, le challenge est de leur faire toucher du doigt l’extrême exigence de ce métier et les contraintes qu’il suppose, car n’oublions pas que le spectacle qu’ils vont présenter est inscrit dans le cadre de la présente saison du Théâtre du Capitole, un lieu qui n’admet pas l’à peu près.

Cette démarche éducative, ludique certes, est inscrite pour le long terme dans une activité à laquelle je tiens et je crois beaucoup mais qui est également très chère à la Ville de Toulouse qui, faut-il le souligner, porte cette grande maison qu’est le Théâtre du Capitole.

Je veux dire aussi que le Théâtre et le Conservatoire sont des institutions de service public largement financées par le contribuable toulousain et qu’un juste retour des choses par l’intermédiaire de ce partenariat est tout à fait logique et souhaitable. Je pense qu’en la matière le Théâtre du Capitole est un pionnier.

Nous nous sommes mis à trois pour parler de ce projet : Gérard Duran, Jean-Philippe Lafont et moi-même. En fait, L’Enfant et les Sortilèges s’est imposé car il réunit plusieurs impératifs. C’est un ouvrage français d’une très haute valeur musicale réclamant un important orchestre, un chœur et de nombreuses parties solistes.

Le livret de Colette est porteur de possibilités infinies de créativité ludique, onirique et d’engagement scénique. Enfin le coach, Jean-Philippe Lafont, a souvent chanté cet ouvrage Il en connaît tous les pièges et toute l’exigence, en particulier en termes de prosodie.


Propos recueillis par Sofiane Boussahel et Robert Pénavayre

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00