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25 avril 2013
Karita Mattila

Ce récital de Karita Mattila illustre une facette plus introvertie de l’expression vocale que les rôles lyriques dans lesquels la chanteuse a conquis le cœur du public.

L’émotion, une donnée musicale dont elle s’est fait une spécialité, trouve un écrin parfait dans la mélodie, genre prisé du « génie » français qui, au cours des dernières décennies de son histoire, s’est accommodé aussi bien du symbolisme debussyste, empruntant à Baudelaire, que de l’intelligence prosodique de Francis Poulenc, telle qu’elle se manifeste dans ses compositions sur des poèmes d’Apollinaire.

Le symbolisme pénètre encore l’univers du lied en langue allemande dans l’œuvre du postromantique autrichien Joseph Marx (1882-1964). Si l’inspiration de ce compositeur, qui s’est imposé en tant que « maître de l’harmonie », se nourrit de l’art de Schumann, Brahms et Reger, il fréquente en homme de son temps Puccini, Richard Strauss, Ravel, Szymanowski ou encore Respighi.

Auteur de huit symphonies, cinq opéras, concertos, pièces pour orchestre et nombreuses œuvres de musique de chambre, le compositeur finlandais Aulis Sallinen, né en 1935, apporte une touche supplémentaire de recherche harmonique et rythmique à un programme tout d’élégance et de style.


Par Sofiane Boussahel


Karita Mattila, portrait

Le grand professeur hongrois Vera Rózsa (1917-2010), qui « fit » Kiri Te Kanawa, Ileana Cotrubas ou encore Anne Sofie von Otter, ne pouvait laisser passer la jeune Finlandaise sortant alors tout juste, à vingt-quatre ans, de l’Académie Sibelius d’Helsinki où elle avait débuté le chant sous la direction de Liisa Linko-Malmio et de la légendaire basse Kim Borg.

Mozart et sa Comtesse l’accueillent pour ses débuts. Elle ne quittera plus ce compositeur durant les premières années de sa carrière. Mais très rapidement Karita Mattila va élargir son répertoire car un parfait équilibre entre l’interprétation dramatique et l’approche purement vocale des personnages s’impose à cette jeune cantatrice.

Cette réflexion s’accompagne, naturellement, d’un changement de tessiture pour atteindre alors une voix de grand lyrique capable de se mesurer à Verdi (Don Carlo, Un ballo in maschera), Richard Strauss (Salomé, Arabella, Elektra), Beethoven (Fidelio), Wagner (Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, Lohengrin), Puccini (Manon Lescaut, Tosca).

Mais celle qui refuse de mettre à son répertoire la Desdemone de Verdi à cause du manque de crédibilité de ce personnage, regarde déjà de près d’autres héroïnes appartenant au répertoire slave, des héroïnes dont l’histoire intemporelle les relie à notre temps.

Il s’agit bien sûr de Jen ?fa, Kátya Kabanová et de l’Emilia Marty de L’Affaire Makropoulos, trois opéras de Janá ?ek qui lui proposent des challenges dramatiques d’une rare intensité. Sans oublier La Dame de Pique de Tchaïkovski et ce personnage de Lisa qui lui tient tant à cœur. Elle va les porter à l’incandescence sur les plus grandes scènes du monde.

Ce goût pour l’engagement dramatique est le parfait écho d’une artiste dont le respect pour son public est proverbial. Elle le dit à tous ceux qui veulent l’entendre : « Si je fais ce métier, c’est pour mon public, (…) un public qu’il ne faut jamais sous-estimer. »

À l’opéra comme au concert, l’énergie qu’elle déploie et son implication musicale sont totales.


Par Robert Pénavayre