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13 avril 2012
Madame Butterfly, héroïne grandiose

Madame Butterfly appartient incontestablement à la mémoire collective. Grandeur d’une héroïne pour laquelle l’empathie est immédiate, partition qui parle au cœur instantanément, émotion face au sacrifice suprême d’une mère, les raisons sont nombreuses pour aimer cet opéra, celui que chérissait plus particulièrement Giacomo Puccini, son compositeur. Le voici à nouveau dans la mise en scène que Nicolas Joel a conçue spécialement pour cet ouvrage à la Halle aux grains, avec aujourd’hui dans le rôle-titre, l’une des grandes sopranos de notre temps, la cantatrice chinoise Hui He.


Si les fantasmes suscités par le Pays du Soleil levant enflamment le XIXe siècle, nourrissant bien des sujets dans une Europe en mal d’exotisme, cette Madame Butterfly, cosignée du compositeur Giacomo Puccini et des librettistes Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, n’en demeure pas moins une critique sans ambigüité et d’une violence rare, à l’encontre non seulement du machisme régnant, mais aussi de l’impérialisme et de son corollaire : la colonialisme.

À vrai dire, tout dans ce livret semble écrit à cette attention. Comment, en effet, ne pas entrer en empathie immédiate avec cette jeune fille de quinze ans qu’un souteneur envoie dans les bras d’un officier américain faisant escale à Nagasaki ? Le simulacre de mariage au Ier acte est pris pour argent comptant par la jeune Japonaise. La suite est connue de la majorité des spectateurs : l’arrogant Yankee vient chercher tel un dû le fruit de ses amours avec la petite geisha. Il ne reste plus à Cio-Cio-San qu’à rejoindre le ciel de ses ancêtres selon la sanglante coutume locale. Pour nous faire entendre ce drame, Puccini compose là peut-être sa plus belle partition.

Faite de fulgurances harmoniques d’une incroyable modernité, cette oeuvre, sensiblement remaniée quelques mois après un indescriptible fiasco pour sa première à Milan, est demeurée la préférée de Puccini et continue de jouir des faveurs d’un public de mélomanes du monde entier qui, depuis plus d’un siècle aujourd’hui, ne tarit pas de larmes devant ces noces barbares.

Robert Pénavayre


Madame Butterfly, direction musicale : Claus Peter Flor, mise en scène : Nicolas Joel, du 13 au 24 avril à la Halle aux grains
Tarif : de 10 à 86€

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00