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16 mai 2012
Entre passion et rédemption


Le déchirement d’un chevalier entre la séduction charnelle et la pureté rédemptrice de l’amour chrétien inspire au chorégraphe, metteur en scène et plasticien Christian Rizzo une nouvelle production de Tannhäuser. À cet ouvrage, Christian Rizzo apporte la « porosité » de la démarche qui caractérise chacun de ses spectacles, pour une lecture ouverte, à l’écart de toute surenchère. La direction musicale est assurée par le maestro allemand Hartmut Haenchen, spécialiste incontesté de ce répertoire.


Un chevalier chrétien est déchiré entre les plaisirs de la chair offerts par Vénus, déesse de l’amour, et l’amour pur, finalement rédempteur, de la vertueuse Élisabeth. Telle est la trame principale du cinquième opéra de Wagner, son troisième ouvrage d’envergure après Rienzi et Le Vaisseau fantôme, qui érige les fondements de la révolution esthétique à venir. Car Wagner, artiste né en 1813, se pose en révolutionnaire dès ses premiers essais musicaux et dramatiques. Comme l’a souligné le musicologue Alfred Einstein, sans doute Wagner n’est-il pas tant intéressé en soi par la carrière du compositeur d’opéras que par la conquête des masses par l’art – l’art étant entendu au sens très général du terme. Les moyens les plus puissants de cette conquête sont contenus par le drame, plus précisément le drame musical. Tannhäuser est aux côtés de Lohengrin l’un des deux opéras écrits sur des légendes médiévales germaniques durant les années où le compositeur officie comme chef d’orchestre dans la ville de Dresde.

Les sources romantiques d’inspiration médiévale, aux origines diverses selon une manière qui deviendra propre à Wagner, réunissent Ludwig Tieck pour l’aspect légendaire et le caractère sulfureux du déchaînement sensuel, E.T. A. Hoffmann pour le goût du Moyen Âge allemand et du pittoresque typique du XIXe siècle naissant. En effet, un poètecompositeur du nom de Tannhäuser, ménestrel ou plus exactement Minnesänger, a bel et bien vécu au XIIIe siècle et a été le sujet d’un certain nombre de ballades écrites au XVe siècle. Comme chez Wagner, on prête à ce chevalier une liaison avec Vénus, après laquelle, saisi de remords, il se rend à Rome pour y demander l’absolution du Pape, qui la lui refuse. Le bâton du Pape se met à reverdir alors même que Tannhäuser a déjà regagné la demeure de Vénus.

La conquête du public parisien était avec Tannhäuser un espoir caressé de longue date par Wagner, qui avait échoué à faire représenter Rienzi en 1840. La version française de 1861, profitant de l’enrichissement de la technique de Richard Wagner après l’expérience de Tristan et Isolde, accentue le contraste entre les deux univers, le Venusberg, autrement dit la Montagne de Venus, et la Wartburg, lieu du concours de chant. L’ouverture, qui contient déjà en germe toute la substance musico-dramatique de l’oeuvre, est allongée. Une partie seulement des modifications de Paris seront reprises dans toute une série de changements ultérieurs, dont les derniers, de la main même du maître, sont effectués pour Vienne en 1875. Le maintien de la Bacchanale du Venusberg à la fin de ce volet préliminaire, bien qu’il soit un sacrifice à l’exigence d’un intermède de ballet en vigueur à l’Opéra de Paris, semble faire de Tannhäuser un appel à une scénographie presque filmique, insistant sur l’opposition des deux mondes, tel le reflet du déchirement de l’homme de foi. L’ouvrage pourrait aussi exprimer les paradoxes profonds de l’artiste, en se faisant mise en abyme de sa condition.

Sofiane Boussahel


Tannhäuser, du 17 au 24 juin au Théâtre du Capitole, Nouvelle production
Tarif : de 19,50 à 100€

Informations

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