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7 décembre 2011
Enkelejda Shkosa


Lors de cette saison qui marque vos débuts à Toulouse, vous êtes Mrs Meg Page actuellement dans Falstaff avant de revenir pour le rôte de Suzuki dans Madame Butterfly en avril ; vous allez ainsi nous montrer différentes facettes de votre répertoire.
C’est la première fois que j’interprète Meg Page, car j’ai plutôt l’habitude d’interpréter le rôle de Mrs Quicky, notamment en novembre dernier au Liceu de Barcelone. C’est un rôle amusant mais assez court et qui ne présente pas de difficulté particulière. Au contraire, j’ai chanté le rôle de Suzuki à de nombreuses reprises et dans les plus grands théâtres : j’ai fait mes débuts dans ce rôle au Covent Garden de Londres où je l’ai repris en 2003 et où je le chanterai à nouveau dans les saisons à venir. Je l’ai d’ailleurs enregistré sous la direction d’Antonio Pappano aux côtés d’Angela Gheorghiu et Jonas Kaufmann et je l’ai chanté deux fois à l’Opéra-Bastille, à Paris, dans la mise en scène de Bob Wilson, ainsi qu’à Barcelone ou encore à Santiago du Chili.


Le rôle de Suzuki vous est très familier puisque vous l’avez chanté à Paris, à Barcelone, à Londres …
En effet, c’est un rôle qui m’a donné beaucoup de bonheur/satisfaction. S’il y a avait un air, ce serait le rôle parfait !
Suzuki est vraiment un personnage que j’aime beaucoup. C’est une personne à la fois forte et délicate, comme les Japonais savent l’être. Je l’admire comme personnage. C’est un rôle très attachant. Dans le premier acte, on peut penser qu’il s’agit d’un personnage de servante superficiel et relativement insignifiante. Mais la suite révèle sa véritable influence et la place qu’elle occupe auprès de Cio-Cio-San. Elle occupe un rôle central dans la dramaturgie, c’est une clé dans la trame dramatique. Et bien sûr vocalement, c’est un très joli rôle.


Votre répertoire fait une très large place à l’opéra italien, principalement aux ouvrages belcantistes. Est-ce lié à des affinités personnelles, ou encore à votre formation au Conservatoire de Milan ?
En réalité, c’est un peu tout cela à la fois mais cela vient avant tout de la voix. Pour aborder ce type de répertoire, dans la tessiture de mezzo-soprano, il ne faut pas une voix trop grave afin de pouvoir chanter avec légèreté et avec toutes les nuances du phrasé bel canto. La voix doit être vaillante mais souple, capable d’une gamme très large de nuances. J’ai beaucoup chanté les grandes œuvres Rossini comme La Cenerentola, L’Italienne à Alger à Dresde ou au Staatsoper de Vienne, à Dusseldorf, à Toronto. J’ai aussi abordé des ouvrages plus rares comme Mahomet II à Strasbourg, avec le rôle très difficile mais passionnant de Calbo. J’ai chanté quatre fois au Festival Rossini de Pesaro Moïse et Pharaon, Otello, Le Voyage à Reims et L’occasion fait le larron, une farce en un acte méconnue. Sous la direction de Daniele Gatti, j’y ai aussi interprété La Petite messe solennelle. Dans le registre belcantiste, je suis aussi bien sûr amenée à chanter très régulièrement, notamment en Italie, les œuvres de Donizetti – Robert Devereux, Dom Sébastien, roi de Portugal – celles de Bellini – Les Capulet et les Montaigu, avec le rôle travesti de Roméo que j’aime beaucoup, ou L’Étrangère (La straniera) que j’ai enregistré.
Mon répertoire est pourtant loin de se limiter au bel canto : Berlioz est un compositeur que j’ai beaucoup interprété, notamment sous la baguette du spécialiste de ce répertoire qu’est Colin Davis. J’ai eu le bonheur qu’il me choisisse pour interpréter La Damnation de Faust et pour Béatrice et Bénédict sous sa direction avec le London Symphony Orchestra, lors de son Cycle Berlioz au Barbican Center de Londres, deux concerts qui ont été enregistrés. Dans le répertoire français, j’aime beaucoup les rôles de Charlotte (Werther de Massenet), que j’ai chanté à Trieste dans une mise en scène de Nicolas Joel. Et puis il y a bien sûr Carmen, que j’ai chantée à Monte-Carlo et à Munich ou encore la Giuletta des Contes d’Hoffmann avec laquelle je ferai mes débuts au Metropolitan Opera de New York.


Quels sont les rôles que vous souhaitez aborder à l’avenir et quelles autres directions souhaiteriez-vous aborder, si c’est le cas ?
Je souhaite prendre mon temps afin d’aborder petit à petit le répertoire verdien. Juste avant ma venue à Toulouse, j’étais à Lisbonne pour mes débuts dans le rôle d’Eboli de Don Carlos. Par chance il s’agissait d’une nouvelle production, or on porte généralement plus d’attention au travail des chanteurs lors d’une nouvelle production que lors d’une reprise. Cela m’a donné plus de temps pour entrer dans la peau et « creuser » le personnage. Je veux continuer dans cette voie, c’est-à-dire en choisissant avec soin des rôles qui ne sont pas les plus lourds, qui à mon avis demandent des voix, je crois, un peu plus matures. J’ai pour projet le rôle d’Amnéris (Aida) à Toulon que je suis en train d’étudier. Mais il me semble encore trop tôt pour affronter les grands rôles verdiens comme Azucena par exemple.
En somme, j’aimerais avoir un pied belcantiste et l’autre verdien ! Il y a des rôles que je veux continuer à chanter et sans cesse approfondir, comme la Dorabella de Così fan tutte et ces opéras de Donizetti que j’aime tant.
Le répertoire français m’est aussi très cher, et me donne l’occasion sans pareil de travailler les nuances, de chercher une qualité de son toute particulière. J’aime le français chanté que je trouve souple, féminin, si différent de l’italien.


Parlez-nous de la composition de ce programme de ce récital des Midis du Capitole, que vous présenterez jeudi prochain. Des airs de Gluck y côtoient des mélodies de Donizetti, Rossini, Tosti. Vous avez aussi choisi d’interpréter un air de Mignon d’Ambroise Thomas ?
Il me faut dire que nous avons eu l’embarras du choix ! Si j’avais pu chanter les morceaux que j’aime, le concert aurait duré des heures ; Il m’a fallu choisir parmi les airs que j’aime et qui m’inspire.
Nous commencerons avec deux airs de Gluck dont j’aime le calme et la douceur ; leur classicisme, la pureté de son et de ligne de l’écriture est très différente des morceaux composés durant la période romantique qui suit. Cela m’a semblé une bonne manière de prendre contact, de me présenter, au public toulousain qui assistera au récital. Je chanterai ensuite des mélodies de Donizetti, composées en napolitain et qui couvrent une large gamme d’émotions : certaines sont drôles et légères, d’autres plus sérieuses, une alternance qui me fait aimer le récital. Je garde de l’air de Néris, extrait de Medea de Cherubini, un souvenir très fort car je l’ai chanté à Epidaure, en Grèce, aux côtés d’Anna-Caterina Antonacci. C’est quelque chose de très particulier, de vraiment très beau, j’espère que je saurai faire ressentir cette émotion au public. Avec Rossini, nous pénétrerons à nouveau une autre atmosphère : après l’air « Cruda sorte » de L’Italienne à Alger, j’ai choisi – en hommage au public toulousain - des mélodies en français. C’est un défi pour moi en matière de prononciation, j’espère que je serai à la hauteur !
Je finirai par un autre air français : « Connais-tu le pays ? » extrait de Mignon, d’Ambroise Thomas. Cet air, ce sont deux pages de musique seulement mais c’est un monde à part, un monde délicat, poétique ! C’est charmant et très français je crois, c’est pour ça que je l’ai choisi.


Propos recueillis par Marie-Laure Favier

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00