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2 décembre 2011
Alessandro Corbelli : "Falstaff est une canaille, un voleur..."


Après I puritani, L’Italiana in Algeri et Il barbiere di Siviglia, le baryton Alessandro Corbelli, entouré par une distribution de niveau international, reprend au Capitole un rôle qui appartient depuis toujours à son répertoire mais qu’il n’a pas souvent l’occasion de chanter. Et pourtant…


Comment définissez-vous votre voix ?
Au début de ma carrière, j’étais classé baryton lyrique et l’on m’engageait alors pour Germont, Sharpless, Marcello, Riccardo et même Zurga. Puis je me suis spécialisé dans l’opera buffa, rossinien en particulier, et je me suis retrouvé classé comme baryton-basse, voire parfois basse. À la vérité, je suis toujours un baryton, par ma couleur vocale comme par ma tessiture.

Votre vis comica est célèbre aujourd’hui dans le monde entier. Plus généralement, comment travaillez-vous dramatiquement et scéniquement un rôle ?
Je suis tenté de dire : normalement. Je lis tout d’abord la partition en cherchant toujours de m’imaginer une situation dans laquelle je peux plonger mon rôle. En tout état de cause, je ne cherche jamais à sortir de l’écriture musicale et du texte. Il faut aller au plus profond d’un personnage, mais ne jamais se mettre en marge, ou pire à l’extérieur des indications proposées par ces génies que sont les compositeurs d’opéra.

Vous côtoyez depuis plusieurs années les plus grands interprètes dont certains sont devenus mythiques. Certains vous ont-ils marqué profondément ?
Dans ma tessiture et dans ma « corde », j’ai une immense admiration pour Sesto Bruscantini (baryton-basse italien, 1919-2003, ndlr). Il a été toujours mon modèle en matière d’honnêteté théâtrale et musicale. Je pourrais citer également Capecchi, Taddei, Protti et les français Bacquier et Blanc. Le siècle dernier j’ai chanté avec des cantatrices incroyables, comme Magda Olivero, Shirley Verrett, Renata Scotto, Virginia Zeani, Ilva Ligabue, Mirella Freni et Marilyn Horne. Aujourd’hui, ces cantatrices que j’ai la chance de croiser s’appellent Natalie Dessay, Cecilia Bartoli, Elina Garança ou encore Angela Gheorghiu. Il y en a d’autres bien sûr… À l’identique, j’ai de merveilleux souvenirs de chanteurs tels que Siepi, Furlanetto, Kraus, Domingo, Florez et Kaufmann. Mais puisque nous en sommes aux personnes qui ont marqué à ce jour ma carrière, il serait injuste d’oublier les chefs d’orchestre, et là je pense plus particulièrement à Schippers, Muti, Prêtre, Lombard, Pappano, Gavazzeni… Tout comme d’ailleurs je ne peux passer sous silence des metteurs en scène comme Menotti, McVicar, le duo Leiser-Caurier, Roberto De Simone, Miller…

Vous êtes un élève de Giuseppe Valdengo (baryton italien, 1914-2007, ndlr), le dernier Falstaff de Toscanini. Quel a été pour vous son enseignement le plus important ?
Effectivement, cet immense chanteur a guidé mes premiers pas. Il m’a donné l’enthousiasme non seulement pour le chant mais aussi pour la scène. Il m’a appris le legato et l’importance de la parole, c’est-à-dire la clarté des mots dont on doit donner aussi toute la signification. Giuseppe Valdengo m’a transmis également toute la rigueur musicale que Toscanini lui avait inculquée. Je veux dire aussi que, depuis 1977, je travaille le chant avec un français vivant à Trévise, près de Venise : Claude Thiolas. Lui m’a donné une vision physiologique de la vocalité, ce qui m’a aidé à faire d’énormes progrès dans la souplesse, dans la sonorité et dans la tessiture. Mon comportement scénique, je le dois à Renato Capecchi (baryton italien, 1923-1998, ndlr). C’est lui qui m’a enseigné ma technique d’acteur. Il m’a fait prendre conscience de mon corps, m’a indiqué comment faire chaque geste sur une posture très relâchée.



Alessandro Corbelli dans le rôle de Bartolo du Barbier de Séville au Théâtre du Capitole en 2011.span>
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Au milieu d’un répertoire italianissime dans lequel règnent Rossini et Donizetti, Verdi ne figure que pour un seul opéra : Falstaff, alors que vous rêvez d’incarner Posa et Jago.
J’ai aussi chanté Germont, Ford et Belfiore dans Un Giono di regno. J’attends mon tour pour Jago, comme autrefois les grands Jago-Falstaff que furent Maurel, Stabile, Valdengo, Taddei et Gobbi. Et pourquoi pas, un jour Fra Melitone dans La Forza del destino ?

Parlez-nous de ce Falstaff.
C’est une canaille, un voleur, un violeur de femmes, mais il est toujours un Sir. Il se comporte comme un roi dans un royaume de tavernes et de bordels. Dans la défaite, il ne perd jamais son panache, son sense of humour. Vocalement il est moins aigu que Ford, mais il est tellement plein de couleurs et d’intentions qu’il en devient l’un des personnages les plus riches à interpréter de tout le monde de l’opéra. C’est une véritable joie de jouer ce rôle. Il représente une « figure », ou bien, comme disait Verdi « un tipo ».


Propos recueillis par Robert Pénavayre


Falstaff, du 2 au 13 décembre au Théâtre du Capitole
Tarif de 10 à 86€, Réserver en ligne