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18 mai 2011
René Jacobs : vertus dramatiques d’un oratorio

Le chef d’orchestre originaire de Gand, réputé pour son activité intense d’interprétation et d’enregistrement de la musique des XVIIe et XVIIIe siècles, de Monteverdi à Mozart, est accueilli pour la toute première fois dans l’enceinte du Capitole. Au cours d’une interview réalisée à l’occasion de la présentation à Aix-en-Provence de ce Belshazzar, René Jacobs présente l’oratorio dramatique de Haendel, dont il a dirigé les représentations au printemps 2008 au Staatsoper de Berlin, puis durant l’été de la même année au Festival de musique ancienne d’Innsbruck et au Grand Théâtre de Provence.



Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à Belshazzar ?
J’ai principalement choisi cet oratorio pour son livret, le meilleur que Haendel ait eu jusqu’à cette époque de sa carrière à mettre en musique. La première fois que j’ai lu le texte du monologue introductif de Nitocris, j’ai été convaincu, avant même de voir la musique, qu’on trouverait dans cette oeuvre une réflexion politique profonde sur la naissance et la décadence des empires, et cela m’intéressait beaucoup. Je dirige la première version de Belshazzar, celle de la création de 1745, qui est la plus complète. Aucune coupure n’a été réalisée car les oratorios de Haendel sont toujours plus courts que ses opéras, en particulier au troisième acte, ce qui permet de ne faire qu’un entracte. En revanche, j’ai intégré à cette première version, au début du deuxième acte, un très bel air extrait du premier acte de la seconde version de l’oeuvre : il s’agit de l’air strophique de Cyrus.


S’agit-il d’une oeuvre sacrée ?
Il s’agit d’un oratorio dramatique, écrit non pour une église mais pour Covent Garden où il a été créé, à l’instar des derniers opéras de Haendel. L’oeuvre est dite oratorio car son sujet est tiré de l’Ancien Testament.
Haendel en composa d’autres du même genre inspirés de l’histoire des martyrs chrétiens. Certes, l’Église interdisait toute mise en scène de ce type d’ouvrage.
Mais dans le même temps, Haendel trouvait dans ce genre de l’oratorio une liberté créatrice dont il ne jouissait pas dans l’opera seria. L’absence de mise en scène, c’était le prix à payer pour pouvoir, à sa façon, réformer l’opéra, dans le même sens que Gluck quelques décennies plus tard, mais dans la pratique uniquement et sans le proclamer.


Sur quels aspects porte cette réforme de l’opéra menée par Haendel ?
Haendel déplorait la pauvreté formelle de l’opera seria, qui consistait en une succession d’airs da capo séparés par des récitatifs semplice (qu’on nomma plus tard secco) et qui mettait le genre à la merci de la vanité des chanteurs. Haendel recherchait une plus grande liberté expressive : dans les airs, pour lesquels il écrit d’ailleurs les da capi modifiés au lieu d’en laisser la réalisation aux interprètes, dans les récitatifs de plus en plus souvent accompagnés, et dont Belshazzar est particulièrement riche. L’opera seria se passait par ailleurs de choeur, du fait que les solistes étaient des stars déjà trop coûteuses à l’époque. Or Haendel venait d’Allemagne où la tradition chorale protestante dominait la formation et la vie musicales. Et comme Gluck plus tard, il avait aussi à l’esprit l’importance dramatique du choeur grec dans la tragédie antique.


Propos recueillis (extrait) par Agnès Terrier
pour Vibrations, n°5, 15 juillet 2008, publication hebdomadaire du Festival d’Aix-en-Provence.


Belshazzar de Haendel, du 20 au 27 mai au Théâtre du Capitole
Tarif : de 10 à 100€
En savoir plus sur le spectacle

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00