Liens d'évitement



21 janvier 2011
Medea, opéra chorégraphié sur le mythe de Médée



Peu d’opéras contemporains sont aussi rejoués, repris et remontés que les œuvres de Pascal Dusapin, auteur de six ouvrages lyriques outre de nombreuses pièces pour solistes, musique de chambre et grand orchestre. Medeamaterial, composé en 1991, après notamment un Roméo et Juliette en collaboration avec Olivier Cadiot, et créé en 1992 à Bruxelles, a été donné Nanterre, Bonn, Lausanne ou Strasbourg toujours avec le même succès, avant de donner lieu en 2007 à une version chorégraphiée et mise en scène par Sasha Waltz. Medea traduit dans un langage corporel puissamment expressif le miroitement harmonique complexe d’un opéra contemporain écrit à l’origine pour un orchestre baroque car devant succéder au Didon et Énée de Purcell dans une soirée où se produisait la Chapelle royale et le Collegium vocale de Gand sous la direction de Philippe Herreweghe.


Au cœur de cette rencontre chorégraphico-musicale, le mythe de Médée évoque le sacrifice de ce que l’on a de plus cher et le déchirement de l’étrangère, la barbare, isolée dans sa différence et dans sa douleur. Séduite par Jason qui lui promet de l’épouser, Médée la magicienne, nièce de Circé, petite-fille du soleil, accepte de l’aider à dérober la toison d’or et le suit en Corinthe, abandonnant son pays. Lorsqu’il la répudie pour épouser Créüse, la fille du roi, Médée, folle de douleur, égorge leurs deux enfants avant de s’enfuir dans le char ailé de son ancêtre le soleil. Depuis la Médée furieuse d’Eugène Delacroix au film de Pier Paolo Pasolini (qui offrait son unique rôle cinématographique – quasi muet – à Maria Callas), de nombreux artistes ont mis en scène une femme furie, meurtrière vengeresse de ses propres enfants.


Puisant à la source d’un mythe qui nous est parvenu avant tout via Euripide et Sénèque, le texte du dramaturge allemand Heiner Müller, figure emblématique de la scène théâtrale européenne de l’après-guerre, est perçu par Pascal Dusapin comme une métaphore des tensions qui déchirent l’histoire contemporaine et nos sociétés. Prolongeant le geste de Heiner Müller, Sasha Waltz, renoue avec le matériau dramatique et mythique issu de l’Antiquité s’inspirant de nouvelles interprétations du mythe proches de sa sensibilité, en particulier du roman Medea : Stimmen, de Christa Wolf.


Le drame schizophrénique mis en scène par Sasha Waltz veut offrir un second visage à la vocalité fragmentée de la Médée de Pascal Dusapin qui n’hésite pas à démultiplier en quatre, voire en cinq pupitres, la partie vocale du rôle-titre, confiée à une voix de soprano colorature – celle de Caroline Stein dans le spectacle conçu par Sasha Waltz – et à un quatuor vocal amplifié. « Je tenais à mettre en scène mon interprétation de ce mythe. On considère souvent Médée comme une femme assoiffée de vengeance, qui tue ses enfants parce que son époux l’a quittée. Mais il existe aussi de nombreuses autres interprétations. Médée est une guérisseuse, une magicienne ; ses pouvoirs sont bénéfiques, même si elle finit par s’en servir pour détruire. Il s’agit d’une variante conçue pour mettre le corps en avant… et même de nombreux corps différents. »


La chorégraphe retrouve pour Medea les ensembles baroques prestigieux qui avaient participé au succès international de Didon et Énée, sa première mise en scène pour l’opéra, poursuivant le dialogue entre danse contemporaine et musique ancienne. N’hésitant pas à s’émanciper des schémas traditionnels, le chœur Vocalconsort Berlin et l’orchestre Akademie für Alte Müsik Berlin, sont d’ailleurs étroitement associés, tout comme la compagnie Sasha Waltz & Guests, au Radialsystem V, nouveau lieu culturel pluridisciplinaire sur les bords de la Spree.



Medea, 28 et 29 janvier au Théâtre du Capitole
Tarif de 10 à 60€


Rencontre avec Pascal Dusapin
En marge des représentations de Medea au Théâtre du Capitole, une rencontre avec Pascal Dusapin aura lieu le 28 janvier à 18h au Théâtre du Capitole.


Retour à la Lettre du Capitole

Informations

En raison du Marathon de Toulouse, ce dimanche 22 octobre, nous tenons à vous informer que l’accès au centre-ville et à la place du Capitole sera réduit.
> Plus d’informations.