Liens d'évitement



26 décembre 2010
Les Fiançailles au couvent, un opéra joyeux et festif au rythme trépidant



L’opéra de Sergueï Prokofiev Les Fiançailles au couvent, présenté au public pour la première fois depuis sa création à Toulouse en 1973, est un rare et désopilant opera buffa qui utilise toutes les ficelles du genre sans négliger de traiter avec un grand lyrisme les intrigues amoureuses qui se nouent et se dénouent dans une farce aux accents rossiniens. Martin Duncan met en scène une oeuvre tout en rythme et en mouvement, et Tugan Sokhiev, directeur musical de l’Orchestre national du Capitole, est au pupitre pour cette comédie de moeurs trépidante.


La trame dramatique de cet opéra riche de multiples rebondissements est au fond assez simple à résumer – pour sceller un contrat, Don Jérôme décide de marier contre son gré sa fille Louisa à un riche marchand de poissons, Mendoza. Mais déguisements et enlèvements, fuites et quiproquos s’entremêlent et brouillent les pistes de cet opéra lyrique et burlesque à la fois : la jeune fille élabore un stratagème avec sa duègne qui doit la remplacer dans son malheureux mariage, elle s’enfuit de chez elle à la barbe de son père et se sert du mari qui lui est promis pour retrouver son amoureux. Deux intrigues amoureuses se surajoutent à cette première : l’une met en scène le frère de Louisa et sa bien-aimée, qui s’est elle aussi enfuie de chez elle et trouve refuge dans un couvent ; l’autre la duègne et le marchand de poissons, qui ne se rend pas vraiment compte de la supercherie et finit par être séduit par la gouvernante. L’opéra se termine par la célébration dans l’allégresse des trois mariages.


Prokofiev compose cet opéra lyrico-comique de juillet à septembre 1940 et le sujet léger de l’œuvre contraste avec les tragiques événements qui se déroulent au même moment. Cette apparente frivolité et neutralité politique lui permettent toutefois de ressentir de manière moins pressante le contrôle des autorités soviétiques. Après les difficultés rencontrées lors de la création de son précédent opéra, Siméon Kotko, Prokofiev est soulagé lorsque Mira Mendelson, poète qui deviendra sa femme, lui présente un livret dont il perçoit immédiatement le pétillement de « champagne à la manière de Mozart ou Rossini ». Le texte, issu de La Duègne ou Le Double Enlèvement, opéra-comique de Sheridan, auteur considéré comme le « Beaumarchais anglais », présente tous les ressort dramatiques traditionnels de l’ opera buffa - conflit entre un père et sa fille qui se résout grâce à la complicité de la gouvernante, opposition entre un pauvre jeune homme et un riche monsieur avare.


Parodie et dérision rythment cet opéra enlevé qui renoue avec la veine comique de L’Amour des trois oranges, composé vingt ans plus tôt. Mais si la satire peut être corrosive dans ce premier opéra, elle est davantage festive et joyeuse dans Les Fiançailles au couvent. Les moines sont présentés comme davantage portés sur la boisson et sur les jeunes femmes que sur la méditation et ils se laissent facilement acheter pour célébrer des unions. Le lyrisme apparaît cependant toujours en contrepoint du rire et l’intrigue romantique est constamment privilégiée au détriment des éléments grotesques. Prokofiev compose un opéra néoclassique dans lequel la très grande continuité musicale est entrecoupée d’airs tirés de la pièce de Sheridan.


Les artisans de cette nouvelle coproduction du Théâtre du Capitole et de l’Opéra Comique se sont inspirés du constructivisme russe contemporain de Prokofiev pour créer le monde loufoque de cette comédie de mœurs qui doit autant à la commedia dell’arte qu’à Molière ou Grétry. Pour Martin Duncan, le metteur en scène, comme pour Alison Chitty, la créatrice des décors et des costumes, l’essentiel de leur collaboration est fondée sur les notions de plaisir et d’immédiateté, grâce à la présence sur scène de danseurs et de machinistes qui manipulent eux-mêmes les éléments de décors. En contrepoint du lyrisme, le rire naît du décalage entre la représentation sur scène de personnages qui semblent réels et leurs comportements excessifs, illustrés par des costumes et maquillages volontiers exagérés. Attachés au mouvement et à sa représentation rythmique et scénique, Martin Duncan et le chorégraphe Ben Wright redonnent à cet opéra de Prokofiev, joué pour la première fois au Théâtre du Capitole en 1973, son rythme enlevé et trépidant.


Les Fiançailles au couvent, du 11 au 19 janvier au Théâtre du Capitole
Tarif : de 10 à 100 €


Retour au sommaire des actualités

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00