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23 mars 2011
Anne Sofie von Otter et Brad Mehldau : plus qu’une rencontre, une fusion



C’est une rencontre presque improbable qui aura lieu sur la scène du Théâtre du Capitole le 24 mars prochain, entre la grande mezzo-soprano suédoise Anne Sofie von Otter, et le pianiste de jazz américain Brad Mehldau. Improbable ? Pas vraiment, si l’on se penche sur les affinités du pianiste avec le répertoire allemand romantique et l’étonnante diversité des genres et des styles abordés par la diva. S’il est en effet des personnalités musicales qui ne se satisfont pas de se cantonner à un genre qui leur est attribué pour l’ensemble de leur carrière, Anne Sofie von Otter et Brad Mehldau font sans aucun doute partie de ces artistes désireux de toujours s’aventurer dans de nouveaux univers musicaux.


Du baroque au XXIe siècle, une diva d’exception
Évoquer la mezzo-soprano suédoise Anne Sofie von Otter, c’est non seulement entendre les échos d’une voix magnifique portée par un talent hors du commun, mais c’est aussi admirer l’une des plus belles divas que notre temps peut se flatter de connaître. Un physique de mannequin allié à une souplesse autant naturelle que féline, ainsi qu’un timbre d’une incroyable chaleur, vont l’orienter rapidement vers des rôles de travesti, lui ouvrant de facto l’univers haendélien. C’est cependant dans le rôle de soprano de la magicienne Alcina, dans l’Orlando Paladino de Haydn, qu’elle fait ses débuts dans la troupe de l’opéra de Bâle qu’elle vient d’intégrer en 1982. Elle a alors 27 ans. Très rapidement cependant son véritable répertoire va l’imposer comme une interprète incontournable des distributions et des enregistrements les plus prestigieux, couronnés par la presse du monde entier. Mozart et Strauss (Richard) vont s’installer dans son quotidien, se disputant son calendrier avec le « Caro sassone » qui, jouant des coudes, lui offre encore de nos jours ses plus beaux opéras (Tamerlano, rôle d’Irène, en 2011 au Liceu de Barcelone, au côté du Bajazet de Placido Domingo).
Mais la fille du diplomate suédois Göran von Otter, baron de son état, a décidément un talent multiforme. Se souvenant des précieuses leçons qu’elle reçut de maîtres tels qu’Erik Werba et Geoffrey Parsons, ceux-là même qui l’initièrent à la discipline du lied, elle consacre depuis longtemps la moitié de sa carrière au récital de mélodies. Quant à son répertoire lyrique, il peut alterner avec un stupéfiant éclectisme, doublé d’un étonnant bonheur, la Waltraute du Crépuscule des Dieux et le rôle-titre de La Grande Duchesse de Gerolstein, la Brangaene de Tristan et Isolde et Phébé, la princesse de Sparte du Castor et Pollux de Rameau ! Et cette diversité de style n’est rien en comparaison de son répertoire de récital. Associant sans hésitation aucune Richard Strauss et Cécile Chaminade, elle met à ses programmes des compositions d’Elvis Costello, ainsi que des standards des Beatles ou des Beach Boys. Par deux fois, elle honora de son talent la Ville rose. Ce fut en 2000 pour un récital accompagné par le pianiste Bengt Forsberg. Sibelius et Grieg, entre autres, étaient du voyage puis, deux ans après, pour une soirée autour de chants de Noël à la Halle aux grains.


Brad Mehldau, la tentation classique
Aujourd’hui, c’est avec le pianiste et compositeur de jazz américain Brad Mehldau qu’Anne Sofie von Otter poursuit ses chemins de traverse, croisant au passage Léo Ferré, Barbara, Brel, Michel Legrand et… Brad Mehldau qu’elle a convaincu, à l’instar de Renée Fleming, de composer à son attention.
Issu d’une génération de pianistes de jazz postérieure à celle de Herbie Hancock, l’Américain Brad Mehldau se produit en trio dès le début des années 1990 avec une prolixité rare. C’est surtout à partir du Live in Tokyo (Nonesuch Records, 2003) que la carrière de Brad Mehldau prend la tournure qu’on lui connaît : celle d’une figure incontournable de l’improvisation jazzistique « cultivée » misant sur la complexité rythmique et polyphonique et surtout – c’est là pour ainsi dire la marque de fabrique de Brad Mehldau – une richesse harmonique revendiquée comme étant la contrepartie d’une formation classique rigoureuse incluant une connaissance approfondie des romantiques allemands. Brad Mehldau n’hésite pas à écrire sur son art, à divulguer ses secrets de fabrication, endossant l’habit du musicien artisan, tel un Arnold Schönberg redevable de ses maîtres classiques. La brochure accompagnant l’album en trio House On Hill (Nonesuch Records, 2003/2004) s’aventure dans l’analyse des progressions contenues dans quelques mesures du Quintette avec clarinette en si mineur op. 115 de Brahms, expliquant comment les harmonies de passage négligées par le solfège traditionnel font la joie du jazzman ! En mars 2007, il flirte avec le monde de la musique classique, créant le concerto pour piano The Brady Bunch Variations for piano and orchestra au Théâtre du Châtelet avec l’Orchestre national d’Île-de- France. En 2010, il enregistre pour Naïve, avec Anne Sofie von Otter, l’album Love Songs, fruit de la rencontre des deux artistes à Carnegie Hall en 2009 et de la composition, par Brad Mehldau, de sept love songs sur des poèmes de Sara Teasdale (1884-1933).



Anne Sofie von Otter et Brad Mehldau (photo : Richard Dumas / Naïve)



Récital d’Anne Sofie von Otter et Brad Mehldau, le 24 mars à 20h au Théâtre du Capitole
Tarif : de 10 à 70€

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00